GOMA : Les filles de joie se plaignent du manque à gagner engendré par la Covid-19 et le couvre-feu
Comme dans plusieurs agglomérations importantes de la République Démocratique du Congo, la prostitution se pratique à grande échelle en ville de Goma. Bien que non légalisé, le commerce du sexe est pratiqué de jour comme de nuit, et on dénombre plusieurs travailleuses de sexe à travers le pays.
Avec l’arrivée de la pandémie mondiale de coronavirus, les autorités sanitaires congolaises ont décidé de mettre en place une série des mesures, dont l’instauration d’un couvre-feu dans les grandes villes du pays, afin de ralentir la propagation de la maladie. Dans la ville touristique de Goma, l’arrivée du covid-19 suivie de l’imposition d’un couvre-feu nocturne a fini par handicaper le « travail » des « filles de joie« .
Baisse des revenus
Alima, une travailleuse de sexe de 22 ans confie à CongoRassure que depuis la déclaration de la pandémie en RDC, en mars 2020, ses revenus ont considérablement baissé.
“En ce moment, il m’est impossible d’avoir les mêmes revenus qu’à l’époque où nous vivions sans cette maladie. Nous sommes exposés à la pauvreté et le gouvernement n’a rien prévu pour les gens comme moi. Le Covid-19 pour moi est un diable, venu pour tout détruire”, déclare la jeune fille.
Elle regrette également que la pandémie ait affecté les avoirs de ses amants et de ses nombreux clients. « Ces derniers temps, mes clients n’ont pas assez d’argent pour me payer. Ils m’expliquent que la pandémie a également eu de l’incidence sur leurs poches. Mais aussi pour arriver à vivre, et gagner un peu d’argent, malgré le couvre-feu, nous nous fixons des rendez-vous dans des coins perdus, car certains hôtels sont ouverts en cachette. Mais les horaires sont limités pour ne pas se faire prendre par la police », explique Alima.
Elles se débrouillent autrement
« Comme il y a des restrictions dans de nombreux lieux de rencontre en raison du couvre-feu, mes clients me rejoignent à la maison. J’ai une chambre où je loge, mes parents sont à Bunia dans la province de l’Ituri« , témoigne Judith, une autre travailleuse de sexe.
Pour Emilienne, 24 ans, ses affaires tournent au ralenti, difficile même de se payer les serviettes hygiéniques pour ses menstrues. « Avant le couvre-feu, j’avais une vie bien meilleure. J’avais l’habitude de partir faire mon job la nuit et de revenir le matin. Mais maintenant c’est très difficile, la police nous chasse. Si vous êtes pris pendant les heures de couvre-feu, la police vous prend tout. C’est peu de dire que nous sommes en difficultés. Nous demandons aux parlementaires de légaliser notre travail, c’est un travail qui nous permet de vivre avec nos enfants et nos familles respectives. Peut-être que cela permettra enfin au gouvernement de nous prendre en compte lorsqu’il prendra d’autres décisions dans le futur », insiste Emilienne.
Pour rappel, afin de ralentir la propagation du coronavirus, en juin dernier lors de son séjour à Goma, le chef de l’Etat avait annoncé le maintien du couvre-feu de 22h à 5h du matin avec des patrouilles militaires, insistant sur la sanction de tout contrevenant.
Il faut également noter que si la loi congolaise condamne clairement le proxénétisme, elle reste muette sur la prostitution selon certains experts en droit congolais.
-Par Enoch David, CongoRassure/Goma