BENI/Kasindi : Plusieurs filles mineures exploitées sexuellement reçoivent à peine 2.000 FC par acte sexuel
Par Nicole Lufungi, CongoRassure
La cité frontalière de Kasindi compte actuellement près de 500 maisons closes dans lesquelles des filles, pour la plupart âgées de moins de 18 ans, sont utilisées à des fins sexuelles. Cette alerte provient de l’association des femmes, Femme solution de Kasindi.
Des chiffres alarmants !
Selon le rapport d’une enquête menée par cette organisation entre février et mai 2021, » un total de 497 maisons de tolérance, communément appelées QG, opèrent dans la cité frontalière de Kasindi : 98 dans le village de Kamiringo, 89 dans le quartier Congo ya Sika, 76 dans le quartier Majengo, et les autres sont répartis dans les autres quartiers.
Des centaines de filles âgées de 13 à 20 ans sont exploitées et utilisées sexuellement par des adultes en échange d’argent.
« Une jeune fille reçoit à peine 2 000 francs congolais, soit l’équivalent d’un dollar américain, pour chaque acte sexuel, tandis que sa maîtresse (la directrice de la maison close) reçoit 3 000 francs congolais de commission », selon le rapport fourni par l’association Femme Solution de Kasindi.
Un risque de propagation des IST
« Ces jeunes filles sont non seulement exposées à des grossesses non désirées ou à la drogue, mais elles risquent également de contracter des infections sexuellement transmissibles, principalement le VIH, car elles sont données à plusieurs partenaires sans connaître leur statut sérologique et sans s’assurer de la bonne utilisation des préservatifs », déplore Binti Rashid Shamimu, membre de l’association Femme Solution de Kasindi.
Quand guerre, pauvreté et exploitation sexuelle vont de pair…
Selon le rapport produit par l’association Femme Solution de Kasindi, cette prolifération des maisons closes est le résultat de la crise économique qui sévit actuellement dans la cité frontalière de Kasindi et ses environs en raison de l’afflux de personnes déplacées qui ont trouvé refuge à Kasindi en provenance de plusieurs villages du secteur Ruwenzori en proie aux tueries. Des statistiques récentes indiquent que la ville frontalière de Kasindi compte actuellement plus de 8 000 personnes déplacées. Ces personnes, ayant fui les atrocités des ADF, vivent dans une vulnérabilité déplorable, selon des sources de la société civile locale.
Face à cette situation, Binti Rashid Shaminu appelle le gouvernement congolais à pacifier la région de Beni afin de garantir un meilleur avenir aux jeunes filles et garçons de la région.
Que dit le code pénal congolais sur le proxénétisme ?
Dans l’est de la République démocratique du Congo, les cas d’exploitation sexuelle sont nombreux. Les principales causes sont la persistance des conflits armés dans cette région, mais aussi la pauvreté et l’ignorance des documents légaux. Il faut noter qu’en matière de proxénétisme, le code pénal congolais prévoit dans son article 174b point 2, une servitude pénale de trois mois à cinq ans et une amende de cinquante mille à cent mille francs congolais à toute personne ayant tenu une maison de débauche ou de prostitution.
Charline Wakine, vice-présidente chargée du genre et de la promotion des jeunes filles au sein du conseil urbain de la jeunesse de Beni, appelle les services compétents, notamment les autorités policières et militaires, à mener une opération visant à arrêter tous les gérants de ces maisons de prostitution et à les mettre à la disposition de la justice afin qu’ils répondent de leurs actes tout en servant d’exemple aux autres.
Il faut rappeler que la guerre à Beni a causé plusieurs autres problèmes dans la communauté. De la pauvreté au désespoir, ces fléaux sont à l’origine de la dépravation des mœurs qui est devenue monnaie courante dans plusieurs agglomérations de la région.
Alors que l’insécurité gagne du terrain, de nombreux jeunes filles et garçons sont contraints de quitter l’école. En conséquence, beaucoup finissent par rejoindre des groupes armés, d’autres deviennent dépendants de la drogue, tandis que d’autres encore se tournent vers la prostitution pour gagner leur vie.