Face à la volatilité des cours mondiaux et à la déconnexion des prix locaux, le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku Kahongya a dévoilé mercredi une stratégie offensive visant à transformer son cacao en « or brun » grâce à la labellisation et à l’industrialisation nationale.
S’exprimant devant la représentation nationale où il répondait à une question d'actualité, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a dressé un constat selon lequel, malgré une production en plein essor, les planteurs congolais restent les premières victimes des soubresauts du marché international. Alors que les cours frôlaient les 11 000 dollars la tonne en 2024, le prix du kilo de cacao se négocie actuellement à 3,09 USD en ce mois d'avril 2026, contre 5,85 USD en décembre dernier.
Cette chute brutale s'explique, selon Julien Paluku, par un retournement de marché multifactoriel. D'une part, une offre excédentaire en Afrique de l'Ouest (+20 % en Côte d'Ivoire) consécutive à la fin de l'épisode climatique El Niño. D'autre part, une « destruction de la demande » en Europe, où l'industrie chocolatière a multiplié les produits de substitution face aux prix excessifs de l'année précédente.
« La RDC n’est plus un simple spectateur », a martelé le ministre, rappelant que le pays est devenu le 3e exportateur africain de cacao biologique. Avec une production passée de 34 811 tonnes en 2022 à plus de 50 000 tonnes en 2024, Kinshasa ambitionne désormais d'atteindre le cap des 100 000 tonnes à l'horizon 2026-2027.
Pour protéger les producteurs de Beni(Nord-Kivu), de l'Ituri ou de la Tshopo, le gouvernement mise sur la diversification offensive à travers une rupture avec la dépendance exclusive à certains circuits en ouvrant le cacao congolais aux marchés chinois et britannique sous des régimes de droits de douane nuls, la labellisation « Made in DRC » par l’accompagnement via l'ANAPEX pour obtenir des certifications internationales et une adhésion imminente à l'Organisation internationale du cacao (ICCO) et la transformation locale par la Création de Zones Économiques Spéciales (ZES), notamment à Musienene (Nord-Kivu) et Gwaka (Sud-Ubangi), pour produire beurre et poudre de cacao sur le sol national.
« La bataille du cacao se gagne sur toute la chaîne de valeur », a conclu Julien Paluku, réaffirmant la volonté de Kinshasa de ne plus laisser les comptoirs locaux imposer des décotes disproportionnées aux planteurs face à la réalité du marché mondial.
Le ministre a souligné que le prix du cacao est, dans l'est du pays, un « gage de survie et de dignité » pour des milliers de ménages éprouvés par l'insécurité. Le succès de cette filière repose désormais sur une action interministérielle intégrée, liant l'agriculture, le désenclavement routier et la sécurisation des zones de production.
Daudi Amin