L'ancien ministre d'État Rwandais et général à la retraite, James Kabarebe, a défendu la position de Kigali sur les relations entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo, estimant que les tensions actuelles trouvent leur origine dans des facteurs internes congolais plutôt que dans une politique Rwandaise. Il s'est exprimé lors d'un événement organisé par le « Center for Strategic and International Studies » (CSIS) consacré à l'histoire complexe et aux enjeux géopolitiques entre les deux pays.
Abordant les relations du Rwanda avec ses voisins, James Kabarebe a assuré que les liens avec l'Ouganda, le Burundi et la Tanzanie demeurent globalement stables.
« Les relations avec l'Ouganda, le Burundi et la Tanzanie restent globalement stables malgré des tensions ponctuelles. Nos liens historiques facilitent la résolution des différends », a déclaré James Kabarebe.
Selon lui, les difficultés observées avec certains pays voisins découlent essentiellement de l'insécurité persistante dans l'Est de la RDC.
« Avec l'Ouganda, il n'y a rien de fondamentalement difficile entre nous, et même avec le Burundi les problèmes ont été surmontés ; les récents incidents proviennent en grande partie de nos problèmes internes », a affirmé James Kabarebe.
L'ancien chef militaire est revenu sur la présence des forces démocratiques alliées (ADF) et de groupes qu'il associe aux auteurs du génocide de 1994, affirmant que ces mouvements continuent d'opérer dans les zones frontalières de la RDC.
« La présence des forces démocratiques alliées et des éléments liés au génocide qui ont franchi la frontière et opèrent le long du flanc occidental près de la frontière constitue l'une des principales préoccupations », a expliqué James Kabarebe.
Il a également soutenu qu'après le génocide de 1994, des violences visant des Tutsis auraient provoqué de nouveaux déplacements de populations vers le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda.
Sur le plan politique, James Kabarebe estime que la crise dépasse désormais les questions ethniques.
« Le problème majeur aujourd'hui n'est pas seulement la question ethnique, mais la manière dont certains mouvements ont politiquement instrumentalisé cette question pour gagner le soutien d'une partie de la population Congolaise, en accusant le Rwanda de tous leurs maux », a soutenu James Kabarebe.
L'ancien ministre a également retracé le parcours du Rwanda depuis le début des années 2000, mettant en avant les réformes engagées par Kigali.
« Depuis 2004, et surtout après 2009, le Rwanda s'est engagé dans une vaste reconstruction des institutions et dans des politiques économiques inclusives impliquant le gouvernement et la population. Après environ trente ans de ce travail, des progrès notables ont été enregistrés », a affirmé James Kabarebe.
Évoquant les relations personnelles entre les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi, le général retraité a rappelé que Kigali avait, selon lui, accompagné les premiers pas du nouveau chef de l'État Congolais sur la scène internationale.
« Lorsque Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir en 2018, le président Paul Kagame était président de l'Union Africaine. Il était donc en bonne position pour soutenir le président Tshisekedi, et il l'a effectivement soutenu », a déclaré James Kabarebe.
Il a notamment cité la présence de Paul Kagame aux funérailles d'Étienne Tshisekedi à Kinshasa ainsi que son rôle présumé dans la présentation du nouveau Président Congolais auprès de partenaires internationaux.
« Le président Kagame a donné de bonnes recommandations partout, il l'a présenté et introduit. Les choses fonctionnaient donc très bien », a ajouté James Kabarebe.
Selon lui, cette période avait également été marquée par une intensification de la coopération bilatérale entre les deux pays.
« Il y avait beaucoup de visites à différents niveaux : défense, sécurité. Il y avait beaucoup d'allers-retours entre Kigali et Kinshasa. RwandAir a commencé à opérer à Kinshasa », a rappelé James Kabarebe.
L'ancien ministre affirme toutefois ignorer les raisons qui auraient conduit à la dégradation des relations.
« Nous ne savons pas d'où sont venus certains courants contraires qui ont tiré le tapis et tout renversé. Le Rwanda n'a joué aucun rôle dans le déclenchement de ce conflit avec la RDC », a conclu James Kabarebe.
Ces déclarations interviennent alors que les relations entre Kinshasa et Kigali demeurent particulièrement tendues. Les autorités Congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir l'Alliance Fleuve Congo/M23, une accusation que Kigali continue de rejeter. Les propos de James Kabarebe s'inscrivent ainsi dans la ligne de défense officielle des autorités Rwandaises face aux accusations formulées par la République Démocratique du Congo sur la scène régionale et internationale.
Diddy Mastaki