L’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu Mulongo, a reconnu que l’institution monétaire congolaise n’était pas pleinement indépendante du pouvoir politique durant la période où il la dirigeait.
Invité mardi 6 octobre dans un Space en direct, l’ancien gouverneur est revenu sur les relations entre la BCC et le pouvoir politique sous les régimes de Laurent-Désiré Kabila et de Joseph Kabila, ainsi que sur certaines décisions monétaires prises durant son mandat.
« Nous n’étions pas indépendants du pouvoir politique »
Jean-Claude Masangu a expliqué que, sous Laurent-Désiré Kabila, la Banque centrale était placée sous une forte tutelle de la présidence.
« Nous n'étions pas indépendants du pouvoir politique », a-t-il déclaré.
Selon son témoignage, la présidence intervenait notamment dans la détermination du taux de change. Cette période était marquée par une forte instabilité monétaire et un écart important entre le taux officiel et celui pratiqué sur le marché parallèle.
Des sources historiques confirment qu'au début des années 2000, la RDC connaissait une importante distorsion entre les taux de change officiel et parallèle, dans un contexte de forte inflation et de dépréciation du franc congolais.
L’épisode de la Gécamines
L’ancien gouverneur a également livré un témoignage particulièrement marquant sur une opération menée autour des devises de la Gécamines.
Selon ses souvenirs, la BCC aurait utilisé une partie considérable de ses réserves disponibles pour racheter les devises de l’entreprise minière au taux du marché parallèle, alors présenté comme environ 350 % supérieur au taux officiel.
Masangu affirme que cette opération aurait pratiquement vidé 60 % du coffre-fort de la Banque centrale.
Il dit avoir vécu cette décision difficilement, mais considère rétrospectivement qu’elle a contribué à le convaincre de la nécessité de passer à un régime de change flottant.
Ces chiffres et le détail de l'opération relèvent toutefois du témoignage livré par l'ancien gouverneur lors de son intervention et mériteraient d'être confrontés aux archives et documents comptables de la période.
Sous Joseph Kabila, une indépendance « moitié-moitié »
Jean-Claude Masangu distingue ensuite la période de Joseph Kabila de celle de son père.
Selon lui, sous Joseph Kabila, la BCC disposait d'une plus grande marge de manœuvre dans la conduite de la politique monétaire.
Il résume néanmoins cette situation par l'expression « moitié-moitié » : la Banque centrale maîtrisait certains de ses instruments monétaires, mais continuait à financer le gouvernement, notamment en raison de l'absence d'un marché financier local suffisamment développé.
Cette relation entre politique budgétaire et politique monétaire constitue un enjeu central pour l'indépendance effective d'une banque centrale. Les documents disponibles sur la BCC rappellent d'ailleurs que l'institution a progressivement été dotée d'une autonomie dans la conduite de la politique monétaire.
Une BCC désormais « complètement indépendante », selon Masangu
Comparant cette situation à celle d'aujourd'hui, l'ancien gouverneur estime que la Banque centrale du Congo est désormais « complètement indépendante ».
Il affirme notamment que la BCC ne finance plus directement l'État et dispose aujourd'hui d'une autonomie beaucoup plus importante dans la conduite de la politique monétaire.
Cette lecture de l'évolution institutionnelle est présentée par Jean-Claude Masangu comme un retour d'expérience fondé sur les différentes périodes qu'il a connues à la tête de la BCC, institution qu'il a dirigée de 1997 à 2013.
Son témoignage relance ainsi le débat sur l'indépendance réelle de la banque centrale, mais aussi sur les contraintes auxquelles la politique monétaire congolaise a été confrontée durant les périodes de fortes tensions économiques et politiques.
Diddy Mastaki