Au troisième jour consécutif des briefings consacrés à l'épidémie d'Ebola qui frappe la partie Est de la République Démocratique du Congo, l'esplanade du gouvernorat de l'Ituri a accueilli un invité de marque : le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. Aux côtés du ministre de la Santé publique, Roger Kamba, et Patrick Muyaya, ministre de la communication et médias, il est venu réaffirmer le soutien de l'organisation Onusienne à la RDC dans sa lutte contre la 17e épidémie d'Ebola enregistrée sur son territoire.
Dès l'ouverture du point de presse, le ton est donné. Le ministre de la Communication et Médias rappelle que la visite du patron de l'OMS intervient après une étape à Kinshasa, où celui-ci a rencontré les autorités nationales avant de rejoindre Bunia, au cœur de la riposte.
« Les populations de l’Ituri ne sont pas seules »
Face aux journalistes Congolais et internationaux, Tedros Adhanom Ghebreyesus adresse un message de solidarité aux populations touchées.
« Les citoyens de l’Ituri, du Nord-Kivu et de toute la RDC ont le droit de savoir qu’ils ne sont pas seuls », a-t-il déclaré.
Le directeur général de l’OMS explique être venu à Bunia pour témoigner du soutien de son institution aux communautés confrontées à l'épidémie.
« Je suis venu ici pour me tenir aux côtés des populations de l’Ituri, des Kivu voisins et de toute la RDC en cette période difficile », a-t-il ajouté.
Pour lui, la réussite de la riposte dépend avant tout de l'adhésion des communautés.
« L’appropriation par les communautés est ce qui permettra de mettre fin à cette épidémie », a-t-il dit.
Durant son séjour, il dit vouloir rencontrer des femmes, des leaders religieux, des acteurs économiques, des jeunes et plusieurs organisations locales afin d'écouter leurs préoccupations.
« La construction de la confiance prend du temps et commence par l’écoute », poursuit-il.
Une réponse sous le leadership du gouvernement Congolais
Le patron de l'OMS insiste également sur le rôle central des autorités Congolaises dans la conduite de la riposte.
« Nous sommes ici pour travailler sous le leadership du gouvernement de la RDC, au service de sa population », a-t-il indiqué.
Il salue notamment l'engagement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, rencontrée la veille à Kinshasa. Selon lui, les investissements réalisés dans la lutte contre Ebola doivent également contribuer au renforcement durable du système de santé.
La RDC vise une fin de l’épidémie dans quatre à six mois
Interrogé sur les scénarios envisagés, le ministre Roger Kamba affiche un optimisme prudent : « Le meilleur scénario que je peux vous donner, c’est que nous pourrions finir cette épidémie entre quatre et six mois ».
Cette projection repose sur l’expérience acquise lors des précédentes flambées d’Ebola ainsi que sur la connaissance du cycle de transmission de la maladie. Le ministre précise que la priorité est d’empêcher toute propagation au-delà des provinces déjà touchées.
« Le meilleur scénario est de contenir le virus dans les trois provinces où il est déjà présent sans que cela ne déborde », a précisé Roger Kamba.
Il rappelle que l’Ituri concentre actuellement l’essentiel des cas enregistrés : « La très grande majorité des cas se trouve en Ituri ».
Plus de 900 échantillons analysés
Face aux préoccupations concernant les capacités de diagnostic, Roger Kamba annonce un renforcement significatif des laboratoires.
« Nous n’avons plus un seul échantillon en retard depuis cette nuit », a-t-il renseigné.
Selon les chiffres communiqués lors du briefing, plus de 900 échantillons ont été analysés, environ 260 se sont révélés positifs, les 71 derniers prélèvements reçus ont tous été examinés.
« Aujourd’hui, tous les échantillons qui arrivent peuvent être examinés grâce au renforcement de nos capacités », a-t-il précisé.
Le ministre assure également que les stocks de tests sont suffisants pour faire face à une augmentation des besoins.
Réponse aux inquiétudes des agents de santé
Questionné sur les plaintes formulées par certains soignants concernant le manque d'équipements de protection, le ministre reconnaît les difficultés rencontrées au début de l'épidémie.
« Au départ, personne ne pensait qu’il s’agissait d’Ebola », témoigne-t-il, tout en indiquant que, la situation a changé depuis la déclaration officielle de l'épidémie.
« Nous avons actuellement dans nos dépôts tout ce qu’il faut pour couvrir les besoins en équipements de protection, en médicaments et en tests », a-t-il rassuré.
Il explique que les retards observés étaient principalement liés aux contraintes logistiques de déploiement.
L’OMS appelle à maintenir les frontières ouvertes
Autre sujet sensible : les restrictions de voyage imposées par certains pays. Le directeur général de l’OMS estime que les fermetures de frontières compliquent davantage la gestion de la crise.
« Je voudrais demander aux pays qui ont imposé des restrictions de voyage ou fermé leurs frontières pour reconsidérer ces décisions », rassure-t-il.
Pour lui, ces mesures risquent de décourager la transparence et de rendre la réponse plus difficile. Le ministre Roger Kamba abonde dans le même sens.
« Faites-nous confiance. Nous avons déjà vaincu plusieurs épidémies et nous savons ce que nous faisons », a souligné le ministre.
Des traitements expérimentaux en préparation
L'une des annonces majeures du briefing concerne l'arrivée prochaine d'un traitement expérimental contre la souche Bundibugyo. Roger Kamba révèle avoir reçu une réponse favorable du gouvernement américain.
« Aujourd’hui même, j’ai reçu la lettre du gouvernement Américain nous confirmant son accord pour entamer le processus », signale-t-il.
Le traitement repose sur des anticorps monoclonaux développés dans le cadre de recherches internationales.
« Les premières doses pourraient arriver pour commencer les essais chez l’homme. Même si aucun vaccin homologué n'est encore disponible contre cette souche du virus, cette avancée est perçue comme un signal encourageant », a affirmé le ministre de la santé.
Hygiène, surveillance et enterrements sécurisés
Le directeur général de l’OMS rappelle enfin que les mesures de prévention demeurent essentielles. Il insiste sur :
- le lavage régulier des mains ;
- le suivi des contacts ;
- les tests de laboratoire ;
- la diffusion d'informations fiables ;
- l'organisation d'enterrements sécurisés.
A l'en croire, certaines pratiques, notamment le contact avec le corps des personnes décédées d’Ebola, peuvent favoriser la propagation du virus. Tout en reconnaissant l'importance des traditions funéraires, il appelle les communautés à adopter des mesures de protection adaptées.
Une bataille sanitaire qui dépasse Ebola
Au-delà de la gestion immédiate de l'épidémie, l'OMS affirme vouloir accompagner durablement la RDC.
« Nous serons présents aussi longtemps que nécessaire », affirme cet agent de l'OMS.
Tedros Adhanom Ghebreyesus assure que l'organisation continuera à soutenir les autorités congolaises afin que les investissements réalisés aujourd'hui permettent également de renforcer les hôpitaux, les laboratoires, les ambulances et les capacités du personnel de santé pour les années à venir.
À Bunia, le message des autorités congolaises et de l'OMS est clair : malgré les défis, la riposte s'intensifie. Entre soutien international, renforcement des capacités sanitaires et mobilisation communautaire, les acteurs engagés dans la lutte contre Ebola veulent croire qu'une maîtrise de l'épidémie est possible dans les prochains mois.
Joël Heri Budjo