Goma : « Avec capote on me paie 10$ et sans capote on me paie 20$ », ce témoignage poignant d’une jeune fille orpheline de 16 ans qui vit de la prostitution
Dans une interview accordée à CONGORASSURE.CD, une jeune fille de 16 ans vivant dans le quartier Bujovu, dans la ville de Goma (Nord-Kivu) a partagé un témoignage poignant sur sa vie et son parcours.
Francine Ushindi, parce que c’est d’elle qu’il s’agit, a révélé ce qu’elle est devenue après le décès de ses deux parents dans un accident.
Voici l’intégralité de cette interview :
CONGORASSURE.CD : Bonjour, pouvez-vous vous présenter svp ?
Francine : Je m’appelle Francine Ushindi, je suis âgée de 16 ans, je suis née à Kibumba, dans le territoire de Nyiragongo, le 1er Mars 2004.
CONGORASSURE.CD : pouvez-vous nous parler de vous ?
Francine : Merci Monsieur le Journaliste, vous savez que ce n’est pas facile de parler de sa vie à un journaliste, mais ça vaut la peine pour moi car j’ai longtemps souffert et j’espère que ça pourrait prendre fin un jour. Au fait, en 2016, quand j’avais encore 12 ans, mes parents sont partis pour un voyage vers Rutshuru dans un cadre commercial, malheureusement, sur le chemin, je ne sais pas ce qui était arrivé précisément, mais on m’avait dit deux jours après, qu’ils avaient connus un accident, déjà à 12 ans, ça m’avait tellement touchée, j’étais tellement bouleversée que je n’arrivais pas à comprendre ce qui s’était passé. Je suis allé à la morgue avec un oncle paternel, j’ai vu mon père et ma mère tous morts avec des visages déformés, j’étais choquée. Le même jour, j’ai commencé à vivre chez mon oncle, mais là aussi ce n’était pas facile, car sa femme ne voulait pas vraiment de moi, jusqu’à ce que j’ai décidé de fuir, je suis allée à Goma, cela en 2018 soit deux ans après quand j’ai totalisé 14 ans. À Goma, je n’avais ni famille, ni connaissance, j’ai commencé à vivre une autre vie, un vrai calvaire jusqu’à ce que j’ai rencontré une maman qui m’a proposée du boulot, elle était comme un messie pour moi. Dans sa maison, quand je suis arrivée, j’avais comme l’impression que ce boulot était un autre enfer. Au fait, chaque soir, elle me prenait et m’emmenait dans un hôtel de la place, je la voyais discuter avec des vieux Papa, et par la suite, ils m’amenaient dans la chambre et couchaient avec moi. Pour la première fois, j’avais vu tellement du sang sur le lit, je ne comprenais pas ce qui s’était passé, et j’ai beaucoup pleuré. Plus le temps passait, plus je commençais à me révolter car je ne recevais rien d’elle, à part de nouveaux sous-vêtements et du parfum. Un beau matin, j’ai fui de chez elle, j’ai commencé à fréquenter des hôtels et je me livrais désormais aux hommes. Avec capotes, on me paie parfois 10 à 15$ et sans capote, c’est 20$. Avec cet argent, j’ai pris une petite maisonnette dans le quartier Birere, et je n’ai que ça pour vivre, voilà.
CONGORASSURE.CD : vous avez vraiment un parcours touchant, que comptez-vous faire par la suite ?
Francine : En tout cas rien, j’ai juste besoin de continuer, car c’est ma seule voie de survie. J’avais essayé de contacter certaines autorités de la ville pour qu’elles m’aident mais malheureusement sans succès, j’ai frappé sur des portes mais personne n’a voulu m’aider, alors je suis fière de la prostitution que je fais car l’État nous a abandonné.
CONGORASSURE.CD : Que demandez-vous alors aux autorités ?
Francine : En réalité, je ne sais pas quoi demander, mais ça me fait mal, imaginez aujourd’hui je n’ai que 16 ans mais l’expérience de la vie que j’ai c’est comme si je suis une femme de 40 ans, je ne peux pas vouloir qu’il y ait d’autres jeunes filles qui vont passer par la même situation que moi, que les autorités viennent vraiment en aide aux orphelines.
CONGORASSURE.CD : Avez-vous à ajouter ?
Francine : oui, vous savez, j’ai beaucoup de projets, par exemple ouvrir un orphelinat dans les prochaines années, pour encadrer toutes les jeunes qui à cause du manque d’encadrement sont parfois obligées à se livre à la prostitution, c’est déplorable, j’ai mal au cœur pour ça. Ce que je fais, c’est malgré moi, la vie m’oblige à le faire.