Nyiragongo : Des anciens combattants au centre d’un grand conflit foncier dans le groupement Kibati
Malgré la rareté des terres agricoles et habitables, des hommes politiques, des militaires et de riches opérateurs économiques réussissent encore à s’en procurer en grande échelle au détriment des pauvres villageois spécialement agriculteurs et éleveurs dans le territoire de Nyiragongo.
Un cimetière déjà désinfecté par les lois du pays et ciblé pour loger des anciens combattants en dépit de leur importance culturelle est au centre d’un sérieux problème foncier entre la masse paysanne, autochtones, et les autorités foncières et politiques de la province du Nord-Kivu.
« Nous sommes entrain d’être dépossédés des nos terres ancestrales », s’inquiète Selugungu Kafunji Juvénal en se lançant dans une lutte d’opposition contre l’occupation d’une vaste étendu du groupement de Kibati, sa terre natale, par des anciens combattants.
Ce cimetière existe depuis les différentes guerres mondiales, notamment celles de 1914 et de 1940 quand le Nyiragongo devait accueillir les corps des militaires de la Force publique ayant participé à ces deux grandes guerres.
« Une des concessions de nos terres ne dépassant pas au total deux hectares a été généreusement cédée par nos ancêtres pour le repos éternel de ces militaires », poursuit ce paysan qui présente son indignation face à la décision des services cadastraux de la jeune circonscription de Nyiragongo octroyant aux anciens combattants des titres mentionnant une superficie vertigineuse de 24 et 13 hectares départ et d’autre de la route nationale numéro deux (RN2).
Conséquence, plusieurs centaines des familles habitants cette partie ciblée par les autorités sont contrées d’évacuer.
Mais l’histoire récente de cette partie du territoire de Nyiragongo prête en confusion. En 1977, après la coulée de la lave du Nyiragongo, l’ancien président de la RDC alors Zaïre, Mobutu Sese Seko avait délocalisé les habitants de Kibati vers Katoy dans le Masisi.
« Ces terres sont devenues un bloc de l’Etat », témoignage Kihuo Mwongera, chef coutumier du Bushenge Hunde de Kibati. Cette page historique est bien confirmée par Selukungu Kadindi Juvénal, malgré sa résistance contre la cession de cet espace aux anciens combattants.
En dépit de cette histoire qui serait la cause de la décision du cadastre de ce territoire, les tensions s’élèvent dans le chef de la population locale.
Le week-end dernier, des marches de colère allant jusqu’aux barricades de la RN2 ont été organisées pour protester contre la cession de terres par des hommes de l’administration foncières, des militaires et d’autres personnalités influentes à ces anciens combattants. « Le plus grand spoliateur, c’est l’Etat ! » Selon la société civile, les parcelles, en voie d’être distribuées à ces militaires appartiennent à des espaces collectifs régis par les autorités traditionnelles. Ces champs sont réservés pour le pâturage du bétail depuis les années 1940, comme le stipulent les documents de l’administration coloniale bien que devenus habiter par la population avec leurs champs à côté. Or au cours de la dernière décennie, près de 45 % de ces enclos communautaires ont été vendus à des particuliers, sans aucune transparence dans les procédures, estime le comité villageois. « On a du mal à trouver une solution durable aux différents problèmes liés à la gestion de terres dans le Nyiragongo! », s’exclame Selukungu Katumbi.
« Le plus grand spoliateur, c’est l’Etat lui-même ! », accuse Jean-Claude Mambo Kawaya, président de la société civile du territoire de Nyiragongo. Il s’investit à fond dans la recherche de la solution à ce conflit foncier. Mais il n’a jamais remporté le combat. Malgré la raréfaction des espaces agricoles, « des politiciens, des généraux ou de riches opérateurs économiques » réussissent encore à s’en procurer. « Et si quelqu’un conteste la propriété de ces nouveaux venus, ils arrivent à fournir des papiers qui viennent des autorités provinciales ou de Kinshasa », explique le militant dans une interview avec CONGORASSURE.CD.
Plus de 1 000 habitants par kilomètre carré
Deux systèmes juridiques s’opposent : l’un, moderne, s’appuie sur des documents officiels émanant des administrations centrales ou locales ; l’autre, coutumier, repose sur la parole des communautés. En conséquence, les recours en justice n’aboutissent pas, même quand les indignations des populations locales s’adressent aux autorités.
En attendant, Mambo Kawaya affirme continuer à multiplier des plaidoyers auprès des autorités territoriales et coutumières, dont l’administrateur militaire du territoire de Nyiragongo et le Mwami de la chefferie de Bukumu pour avoir des concession d’entente entre les deux parties au conflit. Mais toutes les démarches pour avoir la version des officiels ont été vouer à l’échec.