Beni : Quand la saison des sauterelles rime avec le risque d’abus et exploitations à l’égard des mineurs
Chaque année à partir du mois d’octobre, des milliers d’insectes volant appelés « sauterelles » affluent sur plusieurs régions de l’Afrique centrale.
Selon les explications de la nutritionniste Kavuo Magloire, il s’agit de la grande sauterelle verte appelée scientifiquement Tettigonia viridissima, un insecte de la famille des Tettigoniidae. Elle est comestible par l’homme et par les autres animaux et contient des protéines.
À Beni ces insectes sont connus sous différents noms qui varient selon les différentes langues parlées localement. Elles sont donc appelées » Panzi » par les swahiliphones ou encore « Emisienene » en Kinande tandis qu’en Ituri voisin on parle de « Manyonyo ». Les principaux lieux de capture sont la colline de Kalongo, celle de Kareji ainsi que dans les quartiers Paida et Rwangoma.
Toutefois, en dépit de ses multiples protéines qui enrichissent l’organisme de l’homme et Quels que soient les bénéfices pécuniaires que l’on peut tirer du commerce des sauterelles, la saison de capture représente en soi un contexte favorisant les abus et exploitations à l’égard des enfants.
Dans une récente déclaration, le parlement d’enfants de Beni a révélé que certains enfants seraient utilisés comme main-d’œuvre dans plusieurs points de captage et de vente des sauterelles, ils sont ainsi exposés à des risques de maladies liées à ces insectes tels que les irritations cutanées et autres.
Tout en considérant le contexte sécuritaire de la région, cette structure d’encadrement et représentative des enfants alertait également sur les risques élevés d’enlèvement, de meurtre et même des violences sexuelles à l’égard des mineurs pendant cette période particulière.
« En cette période assez mouvementée et dans ce contexte sécuritaire toujours tendu, que les parents ainsi que tous les adultes priorisent la protection des enfants, il revient également aux autorités compétentes de sanctionner tout individu qui utiliserait les enfants dans les lieux de captage ou de vente des sauterelles, » a recommandé le parlement d’enfants coordination urbaine de Beni.
En effet, l’opération de capture des sauterelles est un long processus. Elle consiste premièrement à l’installation des pièges composés pour la plupart des tôles, des projecteurs, des bâches et parfois des sacs. Les sauterelles sont ainsi capturées pendant la nuit lorsqu’elles sont attirées par la lumière des projecteurs qui est aussi reflétée par le dispositif en tôle. Cependant, ces pièges n’attirent pas seulement les sauterelles, même les insectes les plus nocifs sont également attirés.
« D’abord la lumière des projecteurs est insupportable et nous cause parfois les troubles de vision au fil du temps. Et lorsque les sauterelles atteignent le piège, elles viennent en grand nombre au point de blesser ceux qui ne sont pas à l’abri, » a indiqué Patrick Kabuyaya l’un des propriétaires des pièges installés sur la colline de Kalongo à Beni.
Et de poursuivre : « ceci n’est pas une activité pour les enfants. Bien qu’on leur demande de ne pas rester ici pendant la nuit, certains enfants résistent. Ils passent la nuit ici, surtout ceux qui habitent aux environs des pièges, que les parents fassent preuve de rigueur. » A-t-il martelé.
D’octobre à décembre, les sauterelles rentrent dans l’alimentation quotidienne des habitants de Beni. Sa commercialisation représente également une bonne affaire pour plusieurs commerçants de la place.
Néanmoins, suite au contexte sécuritaire volatil dans la région, les zones telles que Kabasha et Mutwanga jadis premières productrices de ces insectes n’en fournissent plus en quantité. Une mesurette qui pouvait se négocier à 500 Francs Congolais est aujourd’hui achetée au prix double du fait que l’offre est jusque-là inférieure à la demande.