BENI : Que devient le droit à la vie garanti à tout enfant dès sa conception face à l’article 14 du protocole de Maputo ?
« En RDC, une femme peut désormais solliciter un service d’avortement médicalisé si elle est tombée enceinte à la suite d’un acte de viol, d’une agression sexuelle, d’un inceste ou lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus”.
Cette innovation dans le système de santé congolais résulte du fait que le pays a ratifié le protocole de Maputo sur les DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES RELATIFS AUX DROITS DES FEMMES, adopté le 11 juillet 2003 par l’Union africaine et qui a fait l’objet de la loi n° 06/015 du 12 juin 2006 autorisant l’adhésion de la RDC à ce protocole avant d’être publié au journal officiel le 14 mars 2018.
En effet, » le protocole de Maputo est le tout premier traité ratifié par la RDC pour reconnaître l’avortement sous certaines conditions comme un droit humain des femmes, dont elles peuvent désormais jouir sans restriction ni crainte de poursuites « , a déclaré Maître Chirack Moustapha Kwami, coordonnateur de l’ONG MAPDA et spécialiste du genre.
Cependant, à Beni, plusieurs questions divisent l’opinion, à savoir : qu’advient-il du droit à la vie, qui est garanti à l’enfant par les textes juridiques dès sa conception ? Quelle sera la place des principes religieux et autres croyances culturelles face à ce nouveau droit accordé à la femme congolaise ? s’interrogent certains habitants.
Tentant de répondre aux préoccupations de la population, Chirack Moustapha Kwami a affirmé que l’avortement médicalisé ne viole pas le droit à la vie de chaque individu, mais qu’il permet de réduire le nombre d’avortements criminels pratiqués clandestinement depuis des décennies et qui ont causé plusieurs décès maternels à travers le pays.
« Le droit à la vie reste et sera toujours respecté. Cependant, il est nécessaire de s’attaquer au fléau des avortements clandestins. Des recherches ont montré que de nombreuses femmes tombées enceintes involontairement ont eu recours à des avortements clandestins et beaucoup ont perdu la vie. Si aujourd’hui des services d’avortement médicalisés peuvent être fournis dans des conditions bien définies, c’est pour réduire la mortalité maternelle due aux avortements clandestins”, a-t-il déclaré.
Il a rassuré qu’aucune femme ne sera poursuivie pour avoir sollicité des services d’avortement médicalisé si elle remplit les conditions préalables énoncées à l’article 14 du protocole de Maputo, notamment si la grossesse résulte d’un acte de viol, d’agression sexuelle, d’inceste et si la grossesse présente un danger pour la santé mentale ou physique de la mère ou pour la vie de la mère et du fœtus.
« Toutefois, pour que cet avortement soit considéré comme sûr, il doit être pratiqué par un personnel médical suffisamment formé pour la cause, et l’acte doit également avoir lieu dans des établissements de santé reconnus par l’État et enregistrés auprès de l’inspection provinciale de la santé, conformément aux normes de l’Organisation mondiale de la santé ».
“Dans la ville de Beni, par exemple, les services d’avortement médicalisé sont disponibles à l’hôpital général de référence, aux centres de santé de Kanzuli et de Butsili”, a-t-il ajouté.
Selon M. Chirack Moustapha Kwami, la vulgarisation du Protocole de Maputo, un traité qui accorde aux femmes le droit à l’avortement dans certaines circonstances, est d’une importance capitale dans la région de Beni car, selon lui, « les conflits armés qui sévissent dans la région depuis plusieurs années favorisent les cas de viols et autres violences sexuelles ».
» Ici, beaucoup de femmes sont victimes de viols et d’agressions sexuelles. Certaines se retrouvent malheureusement enceintes de leurs tortionnaires après ces actes criminels. Il est donc nécessaire de vulgariser le protocole de Maputo afin de réduire les séquelles de la violence sur toutes ces survivantes.
Néanmoins, le message du protocole n’est pas totalement accepté par une partie des habitants de Beni.
Divisées par des croyances religieuses ou culturelles, certaines personnes maintiennent fermement l’idée que l’avortement est un crime, une abomination.
Il faut également noter que même si la RDC a déjà ratifié le protocole de Maputo, le code pénal congolais prévoit dans ses articles 165 et 166 que l’avortement sur autrui reste un délit puni de cinq à quinze ans, tandis que la femme qui a avorté est punie d’une servitude pénale de cinq à dix ans. Cependant, les efforts de dépénalisation de l’avortement se poursuivent au niveau national afin que les femmes congolaises puissent jouir de ce droit tel que prévu par le protocole de Maputo.