La 6ème édition de l'Expo-Beton a été clôturée samedi dernier au Palais de la Nation dans la capitale Kinshasa par le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde.
Cette édition, dédiée aux sénateurs et à quelques experts, a abordé les questions profondes de l'urbanisation de la ville province de Kinshasa en termes d'infrastructures, de finances et d'administration ainsi que de démographie.
Selon les organisateurs, la ville de Kinshasa, capitale congolaise et 26e province, devrait devenir la plus peuplée d'Afrique d'ici 2050 et la ville devrait se préparer à ce défi.
"Une ville, une capitale, un statut de province et un siège d'institutions. Une juxtaposition ou superposition qui ne permet pas sa bonne gestion. Des embouteillages désastreux vécus au quotidien dus non seulement à l'incivisme des conducteurs mais aussi aux infrastructures qui ne répondent pas à sa croissance démographique", a expliqué Jean Bamanisa Saidi, président du comité d'organisation de cette foire aux investisseurs.
Ces affirmations sont soutenues par plusieurs sénateurs, experts et même administratifs. Certains estiment que la passivité dans la mise en œuvre du plan de développement serait la cause première de la situation à Kinshasa. "Le plan d’aménagement est toujours inopérant, il y a d'énormes embouteillages. Les plans de développement ne sont pas mis en évidence. Kinshasa a suffisamment de moyens pour réhabiliter la ville, mais rien n'est fait dans ce sens", a quant à lui déclaré le sénateur Ilunga Civuila, de la Commission des relations avec les institutions et ETD.
Le Caucus des élus de Kinshasa appuie également de son côté que la voirie urbaine de la capitale provinciale doit être "renouvelée". "Kinshasa doit revêtir sa vieille robe, il faut vite arrêter cet état de fait, un spectacle déshonorant que Kinshasa offre quotidiennement. A cela s'ajoutent les marchands ambulants, les débits de boissons, les églises de réveil qui se spécialisent dans la pollution sonore tout au long de la journée. Les vendeurs occasionnels occupent les trottoirs à leurs risques et périls. Redonner à l'institution municipale ses lettres de noblesse. La municipalité doit retrouver ses prérogatives en tant qu'entité la plus proche des citoyens", affirment les députés élus de la capitale d'une seule voix.
Les sénateurs ont également soulevé les questions de proximité entre les entreprises et la population. Les questions d'accès à l'eau potable, à l'électricité, aux soins de santé par la population de Kinshasa, les problèmes de chômage des jeunes et la présence des kuluna dans la ville doivent être pris en compte, exhortent-ils.
Le sénateur Rubuye rappelle à l’occasion que la responsabilité de l'État dans la création de micro-entreprises et l'encouragement de l'esprit d'entreprise chez les jeunes. "Il faut créer une classe moyenne de jeunes de Kinshasa", a-t-il déclaré.
"Chaque année, des milliers de jeunes deviennent diplômés, que faisons-nous de ces jeunes, comment les utiliser. L'aide étrangère ne résout pas tous les problèmes que nous avons, nous devons compter sur nos propres forces" a ajouté le banquier Jean N'sele Ekofo.
Sur le plan des infrastructures routières, les experts de la CNPR affirment qu'aucune route n'a jamais été construite depuis le départ des Belges, alors que la population de Kinshasa augmente à un rythme inquiétant. La population est passée de 300 000 habitants en 1960 à au moins 16 millions aujourd'hui. Kinshasa compte plusieurs centaines des milliers de véhicules, mais la ville ne dispose pas de parkings publics. Les conducteurs non plus, ne sont pas formés au code de la route. A cela s'ajoute la situation de Wewa (Taximans motos) avec un nombre incalculable de motos dans la ville de Kinshasa.
Le représentant des chauffeurs a quant à lui demandé l'amélioration des conditions de vie des agents de l'ordre qui se livrent souvent au harcèlement des chauffeurs et ce comportement perturbe également la circulation routière.
Pendant 3 jours, les participants ont dégagé les solutions nécessaires pour une Kinshasa propre et urbanisée à l'horizon 2050 et capable de faire face à cette forte croissance démographique.
Contrairement aux éditions précédentes, la 6ème Expo-Beton a été marquée par la présence du Président de la République, du Premier Ministre et de certains membres du gouvernement congolais qui, avec les participants, ont abordé cette question importante pour l'avenir du pays.