De nombreux commerçants exposent leur gamme de produits devant les portes de différentes écoles de Goma. La plupart de leurs marchandises sont des jus de fruits, des biscuits, des bonbons et autres snacks qu'ils vendent aux élèves et étudiants pendant la pause. Mais à côté de ces produits destinés aux enfants, les boissons fortement alcoolisées, les cigarettes et autres stupéfiants figurent sur la liste des marchandises exposées en plein air dans ces espaces, qui sont pourtant interdites dans la zone scolaire pour épargner aux enfants leur consommation.
Sur la célèbre route du collège Mwanga dans la ville de Goma, une rue qui abrite des écoles primaires et secondaires et un grand regroupement des jeunes de la ville à travers l'espace "Maison des Jeunes", cette pratique se porte bien. Les débits de boissons, les restaurants et les cafés sont en grand nombre.Toute la journée, des centaines de jeunes s'y retrouvent, bouteilles cachées dans des emballages plastiques à la main. Certains d'entre eux sont en tenue d'école, d'autres non.
Il est certain que cet endroit est fréquenté par des personnes de toutes sortes, notamment des chauffeurs de bus de transport public, des manutentionnaires et des mécaniciens, sans oublier quelques étudiants. "Il est parfois difficile de distinguer les élèves de tous les autres clients, car nous sommes venus ici pour vendre nos produits afin de subvenir aux besoins de notre famille", explique un vendeur.
Par contre, consciente de la gravité des allégations portées contre elle par le bureau chargé de l'éducation et de la recherche scientifique de la coordination provinciale de la société civile du Nord-Kivu, exposant ses produits à quelques mètres de là, cette autre vendeuse nie la présence des élèves parmi les clients qui achètent des boissons alcoolisées et des cigarettes.
"Avant, nous exposions nos produits dans la concession de la CBCE, en ciblant les manutentionnaires et les mécaniciens. Comme c'est un espace religieux protestant, ils ont décidé de nous chasser à cause de la vente de boissons alcoolisées. Nous sommes venus directement demander de l’espace à la maison des jeunes où nous travaillons actuellement sur autorisation", dit-elle.
Concernant la présence des boissons alcoolisées fortes à la porte des écoles, cette dame a assuré à CONGORASSURE.CD que même s’ils font du business, il ont encore leur sens de responsabilité. "Nous sommes des parents. Nous ne pouvons pas accepter de voir nos enfants prendre ces produits parce qu'ils étudient pour assurer leur avenir", dit-elle.
"Comme vous pouvez le constater, la plupart de nos produits sont des produits destinés aux enfants. Toutes ces boissons fortes que vous voyez ici sont exclusivement vendues aux chauffeurs, aux manutentionnaires, aux danseurs et aux basketteurs de la maison des jeunes. Mais pas aux élèves en uniforme. À moins qu'ils n'envoient d'autres personnes, car nous connaissons nombreux parmi eux", a-t-elle ajouté.
Mais selon certains élèves interrogés sur le sujet, ces lieux servent de "lieu de repos" lorsqu'ils sont chassés de la classe. "On est déjà adulte et là on prend ce qu'on veut", a pour sa parti dit un élève, sous entendant être libre de faire son propre choix concernant les boissons, alcoolisées ou pas, à prendre.
De leur côté, les autorités scolaires locales émettent des réserves quant à la prise en compte de cette préoccupation. Mais elles souhaitent que cette zone scolaire soit débarrassée de tous ces points de vente des boissons fortes afin de permettre un bon climat éducatif pour les enfants.
Peu avant, Mme Julienne, présidente du bureau chargé des questions d'éducation de la société civile a alerté pour la énième fois les autorités urbaines sur la présence de cette pratique qui met en péril l'éducation des enfants. Elle a saisi l'occasion pour demander le démantèlement de ces lieux tout en appelant les parents et les autorités à avoir le sens de responsabilité et à développer une collaboration pour un suivi permanent du comportement des élèves afin de sauver ces enfants, l'avenir de demain.
Diddy MASTAKI, Goma