C'est une première en ville de Beni, une région secouée par les conflits armés et où la population dont particulièrement les enfants traversent régulièrement des situations traumatisantes. Au total 55 enfants dont 32 filles et 5 encadreurs ont été décorés ce vendredi 30 décembre 2022, après avoir reçu une formation d'initiation à la capoeira. Désormais acteurs de la capoeira sociale, ils ont le droit de perpétuer cette pratique au sein de la communauté.
L'initiative revient à L'ONG ACOPE (actions concrètes pour la protection de l'enfance) à travers son projet d'appui à la prévention et à la réponse en urgence aux problèmes des enfants affectés par les conflits armés dans les territoires de Beni et Lubero. C'est dans le cadre de ce projet financé par UNICEF que ces enfants issus de la ville de Beni, ont été initiés à la capoeira, une danse relaxante à en croire les formateurs. L'objectif étant d'apporter un appui psychosocial à ces enfants, la plupart des bénéficiaires sont les enfants affectés directement par les conflits armés.
Habillés en tenue traditionnelle en base de raphia, tenant des bâtonnets en bois entre les deux mains, ces enfants bénéficiaires ont presté au rythme de la capoeira devant un public enthousiasmé constitué des parents, des autorités locales et des membres de la société civile. C'était après une caravane fanfarisée partie du bureau administratif de l'ONG ACOPE jusqu'à la salle Vihum passant par le boulevard Nyamwissi.
Dans son speech, le formateur principal a expliqué que la capoeira est un art martial brésilien qui puise ses origines dans les danses et rituels des esclaves africains venus d’Angola arrivés en masse à partir de XVIᵉ siècle au Brésil pour travailler dans les plantations.
Sous sa forme dansée, chantée et inoffensive aux yeux des maîtres et des surveillants, la capoeira était en réalité une véritable préparation au combat. Elle deviendra au fil des siècles le symbole de tout un peuple opprimé luttant pour sa liberté.
Après l’abolition de l’esclavage, la capoeira pratiquée clandestinement dans la rue par des bandes rivales qui s’affrontaient régulièrement restera mal vue par l’autorité qui la considère comme dangereuse et l’interdit.
Désireux de nettoyer l’image de la capoeira en la dissociant de la délinquance, Manuel dos Reis Machado plus connu sous le nom de Mestre Bimba fonde en 1930 la première école de capoeira à Salvador de Bahia et créé le style « Capoeira Régionale ». Désormais enseignée dans des écoles selon un enseignement codé, la Capoeira sera enfin reconnue en 1937 par le gouvernement brésilien pour sa valeur culturelle, éducative, créative et artistique.
La capoeira est à présent enseignée et pratiquée, non seulement dans les écoles et dans la rue, mais aussi dans les universités, les ateliers de théâtre et de danse contemporaine, les écoles de cirque et les centres de sport au Brésil, aux États-Unis, et depuis quelques années en Europe. La capoeira dans sa forme actuelle ne ressemble à aucune autre danse, ni à aucun autre art de combat. Elle est l’art de lutter dans la danse et de danser dans la lutte. Enfin, la capoeira est un jeu.
En RDC, la capoeira a pour la première fois été pratiquée à Goma en 2014 par les enfants sortis des forces et groupes armés et grâce à l'appui de l'UNICEF. Loin d'être un passe-temps ou un simple divertissement la capoeira était également pour ces enfants une manière de dégager leurs colères et frustration lors des combats non violents qui caractérisent la danse capoeira.
C'est donc la même expérience que les enfants encadrés par ACOPE ont vécu au cours des six mois d'initiation à la capoeira.
"C'était une occasion pour moi de me détendre avec mes pairs. Auparavant j'étais très colérique et violent, mais grâce à la capoeira j'ai appris la tolérance, l'amour et l'entraide", a témoigné un enfant bénéficiaire.
Pour Zawadi, la capoeira a permis a son fils de se réintégrer dans la communauté. "Après avoir été témoin du meurtre de son père dans leur champ, mon enfant présentait des sérieux signes de traumatisme. Il se repliait du jour au lendemain sombrant dans un univers de stress. Grâce aux séances de soutien psychosocial et de capoeira, il a repris sa bonne humeur et peut maintenant s'exprimer pleinement et se divertir avec d'autres enfants", a-t-elle dit tout en appelant les autres parents à ne pas minimiser les signes de stress que peuvent afficher les enfants.
Des milliers d'enfants continuent de souffrir à cause des conflits armés et des attaques persistantes dans la région de Beni. Plusieurs parmi eux ont été témoins des violences, recrutés au sein des groupes armés, tués ou mutilés, victimes de violences sexuelles. Certaines agences de protection de l'enfance telles que ACOPE contribuent tant soit peu à la reconstruction de cette jeunesse brisée.
Nicole Lufungi Beni