La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) avait annoncé pour le mardi 11 Avril 2022, la date de la clôture des opérations d'enrôlement et d'identification des électeurs dans l'Aire Opérationnel 03 (AO3), après avoir passé un mois de la phase normale, puis dix (15) et dix (10) jours supplémentaires pour atteindre les 100% des candidats attendus. Prévu pour le mardi 11 avril comme jour de la clôture, la CENI a continuellement appelé tous ceux qui ne se sont pas encore fait enrôler, de passer dans des centres pour récupérer des jetons.
Le reporter de Congorassure.cd a visité quelques centres d'enrôlement dans la ville de Goma vers la soirée du mardi pour faire un constat. Visiblement, plusieurs habitants de la ville qui n'ont pas encore reçu leurs cartes, continuent à se présenter dans des centres d'enrôlement malgré d'énormes défis auxquels ils sont toujours confrontés, notamment au monnayage desdits jetons et cartes, des bousculades et une sérieuse lenteur pendant le processus.
Des antivaleurs, une réalité dans les centres d'enrôlement
« Nous sommes ici ça fait plusieurs jours, nous venons chercher comment nous faire enrôler, mais rien ne marche, car rien du sérieux dans tout ce dont nous avons déjà observé ici. Nous aurons les cartes jusqu'au jour où nous aurons soit l'argent à donner, soit ceux qui donnent l'argent ne se présenteront plus ici », se plaignent quelques requérants au Centre d'enrôlement situé à l'Institut Kyeshero dans le quartier Kyeshero en Commune de Goma.
Le monnayage des cartes et des jetons
De la sécurité à la porte, jusque dans le bureau où se font les opérations, l'argent prend le dessus. Sans crainte, sans peur, sans inquiétude ni honte, des agents de la CENI font comprendre qu'avec au moins 5.000 FC on peut vous aider à obtenir votre carte, cela n'empêche qu'à d'autres de payer entre les 5.000 FC et 20.000 FC, tout dépend de l'urgence. « Il y a ceux qui payent 5.000 FC, d'autres 10.000 FC et, voire 20.000 FC, ça dépend de votre temps pour patienter, nous qui n'avons pas l'argent, nous n'avons pas de valeur, car c'est l'argent qui compte ici », s'est confiée à notre reporter une femme enceinte qui venait de passer toute une journée sans avoir même un jeton.
Expérience pour confirmer les faits ?
Un reporter de Congorassure.cd s'est introduit dans un centre d'enrôlement à Goma sans s'identifier, commençant au niveau d'un agent de la police commis à la garde pour la sécurité, le journaliste demandant à l'agent comment faire pour trouver une carte d'électeur. Sans passer par le dos de la cuillère, le policier brandi un bout de papier où sont inscrits différents noms qui ont déjà payé, afin qu'ils bénéficient du privilège.
« Voici la liste de ceux qui ont déjà payé, si vous voulez également figurer sur ce papier, veuillez me donner 5 $, et ça va se passer trop rapidement, je fais payer même 10 $, mais je vous fais une faveur », dit cet argent censé maintenir de l'ordre dans le Centre.
Après discussion, l'agent policier réduit le prix jusqu'à 5000fc. D'après lui, c'est comme ça toujours, car la CENI les paye pas, ils doivent se retrouver. Pendant toute cette discussion, il y avait dans le petit bureau du policier, une autre personne qui encourageait le journaliste à payer.
« Vous voyez tout ce monde à l'extérieur, (oui, il y avait plusieurs personnes requérantes à l'extérieur), ils (les gens) sont là depuis le matin et ils n'ont pas encore reçu les cartes d'électeur, mais si vous voulez aussi rester là, okay ! Mais je vous conseillerais de déposer seulement ces 5.000 FC, ou soit aller chercher si vous n'en avez pas, puis vous allez passer avant ces gens-là », a suggéré la deuxième personne dans le bureau de sécurité.
Le processus a continué, jusqu'au bureau d'enrôlement où le journaliste a demandé à l'un des agents de la CENI de l'aider à s'enrôler, la réponse était automatique « Vous venez avec combien ? », a-t-il demandé, pendant ce temps, d'autres personnes étaient en train de corrompre à l'œil nu.
« Que dire encore de ces opérations biaisées sous l'œil impuissant des autorités Congolaises et tous les responsables de la CENI qui entendent tout, sans réagi ? », s'est interrogé un vieillard d'une soixantaine d'années qui venait de passer sa 3ᵉ journée au centre d'enrôlement sans encore trouver la carte.
Ils sont encore nombreux, ceux qui attendent toujours pour se faire enrôler sans avoir l'idée de donner même un rond, ces derniers ont réaffirmé leur patience jusqu'à l'obtention de leurs cartes d'électeur.
Emmanuel MWENE, Goma