Chaque année depuis 1993, le 03 mai coïncide avec la journée mondiale de la liberté de la presse. Décrétée par les nations unies, cette journée sert à rappeler aux gouvernements la nécessité de respecter leur engagement en faveur de la liberté de la presse et constitue également une journée de réflexion pour les professionnels des médias sur les questions relatives à la liberté de la presse et à l'éthique professionnelle.
Le thème retenu pour cette année est : « Façonner un avenir de droits : la liberté d’expression comme moteur de tous les autres droits de l’homme », explique l'UNESCO.
Cependant, la liberté de la presse, comme la sécurité des journalistes ou encore la liberté d'expression, demeurent menacés dans plusieurs pays à travers le monde, rapporte le classement annuel établi par l'organisation Reporters Sans Frontières (RSF).
Cette situation est parfois exacerbée par un contexte sécuritaire instable et volatile comme c'est le cas de plusieurs pays en crise parmi lesquels la République Démocratique du Congo et plus particulièrement sa partie Est.
Le journalisme, plus qu'un sacrifice dans la région de Beni
À Beni par exemple, dans la province du Nord-Kivu ; les journalistes font face à des défis majeurs liés à l'insécurité persistante dans cette zone. Ils sont quotidiennement victimes d'agressions et menaces lors de l'exercice de leurs missions, ce qui leur pousse des fois à enfreindre quelques règles du métier ; c'est ce qu'explique Delphin Mupanda, journaliste à la Radiotélévision Rwanzururu à Beni.
Avec plus de 8 ans dans le métier, ce jeune journaliste et correspondant de plusieurs chaînes nationales et internationales se trouve parfois découragé d'exercer son métier dans une zone telle que Beni.
“Chaque jour, nous sommes victimes des agressions et des menaces non seulement de la part des forces de sécurité ou des groupes armés, mais également des autres personnes, surtout lors de la couverture des manifestations. On se retrouve maintenant entre le marteau et l'enclume et on se dit que c'est plus qu'un sacrifice d'exercer le journalisme dans la région de Beni”, déplore-t-il.
Aucune protection assurée pour les journalistes
Le 1er novembre 2022, à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre l'impunité des crimes contre les journalistes ; l'organisation Journalistes en Danger annonçait avoir répertorié cent vingt-quatre cas d'atteinte à la liberté de la presse en République Démocratique du Congo. Un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes soit 110 en 2021 et 116 en 2020.
Ces statistiques peignent l'un des plus grands défis auxquels font face les journalistes œuvrant dans les zones en proie à l'insécurité ; la non-sécurisation des journalistes dans leurs métiers. Au cours des derniers mois, des journalistes ont été arrêtés et d'autres brutalisés pendant qu'ils exerçaient leurs missions dans plusieurs villes du pays entre autres Goma, Beni et Butembo ; trois villes du Nord-Kivu, une province sous état de siège.
“Parfois ceux qui sont censés nous sécuriser nous insécurisent. Cela fait deux ans maintenant que les provinces de l'Ituri et du Nord-Kivu sont sous l'état de siège, une mesure sécuritaire exceptionnelle, malheureusement même pendant ce dispositif, des cas d'atteinte à la liberté des journalistes continuent à être enregistrés,” poursuit Delphin Mupanda.
Serein et déterminé à mener à bout sa mission, ce jeune journaliste explique son engagement dans le métier de journaliste par la satisfaction qu'il ressent lorsqu'il apporte la vraie information au public. Et surtout, il reste confiant qu'un jour la liberté de la presse ne sera plus considéré comme un crime, mais plutôt comme une source de solution aux multiples problèmes de la RDC.
“Je souhaite que ce 30ᵉ anniversaire soit pour nous l'occasion de méditer sur comment améliorer notre service. J'encourage les collègues journalistes de rester serein et de garder le sang froid. Une occasion également pour moi de rendre hommage aux journalistes Congolais et plus particulièrement ceux qui œuvrent dans la partie Est du pays, confrontés à des conditions difficiles, mais ils continuent à satisfaire la population”.
Précisons qu'en marge de la célébration du 30ᵉ anniversaire de la journée mondiale de la liberté de la presse, les journalistes de Beni ont procédé à l'assainissement du boulevard Nyamwissi, une action communautaire qui s'est suivie par un match de Football entre l'équipe des étudiants de la faculté des sciences de l'information et de la communauté et celle des journalistes. Une soirée de réflexion est également annoncée au cours de la même journée dans le hall de l'hôtel Rock à Beni.
Nicole Lufungi Beni