Fermée depuis le mois de juin 2022 dernier, la Nationale numéro 2 axe Goma-Rutshuru en province du Nord Kivu continue à soulever plusieurs inquiétudes dans le chef des populations des contrées directement dépendantes des trafics sur cette route d’intérêt national.
Si les unes pensent que c’est une complicité des autorités militaires de l’état de siège, les autres commencent à penser par contre que, cette route est devenue une nouvelle forme de rançonner la population locale qui, depuis la chute des plusieurs contrées dans le territoire de Rutshuru entre les mains des combattants du M23 traverse une situation socio-économique la plus dure suite à l’inaccessibilité considérable aux produits champêtres en provenance des milieux affectés par la guerre.
« On ne sait pas à l’heure actuelle si la guerre est terminée ou pas. Mais il y a quand même un calme apparent dans tous les villages sous contrôle des rebelles du M23 depuis que ces derniers ont commencé à céder leurs positions aux militaires de l’EAC. Pourquoi le gouverneur ne veut-il pas nous ouvrir la route aux trafics ? On risque de mourir de famine dans cette ville », s’interroge un habitant rencontré par le reporter de Congorassure.cd.
« Ils ferment la route soi-disant que c'est pour des raisons sécuritaires, alors que les trafics en cachettes s’effectuent sur cette dernière. C’est vraiment contradictoire pour moi. Plusieurs personnes traversent jour et nuit sans connaître de qui il s’agit, des tonnes des marchandises en provenance de Rutshuru et Kibumba. Qu’ils nous ouvrent la route pour que tout reprenne normalement. Tout ce qu’ils doivent faire, c’est renforcer la sécurité à l’entrée parce qu’à mon avis, ils nous font souffrir inutilement », pense un autre habitant.
Par ailleurs, dans leurs opinions, certains autres habitants regardent les choses dans un autre sens. Pour eux, certains militaires semblent ne pas vouloir que cette route soit réouverte aux trafics de façon officielle suite aux taxes illicites qu’ils perçoivent à l’entrée des marchandises au niveau de la dernière ligne d’attaque des FARDC, située en territoire de Nyiragongo.
Des opérateurs agricoles, des commerçants, des passagers et motocyclistes bravant la peur pour fréquenter cette route située dans la zone rebelle affirment être obligés de débourser des sommes d’argent allant entre 500 et 2000 Francs Congolais pour la traversée de leurs cargaisons.
« Je viens de ravitailler mon dépôt en sacs de maïs en provenance de Rutshuru. J’ai traversé toute la zone des M23. Mais à la barrière des FARDC on refuse que nous puissions traverser avec les marchandises dans les véhicules. Nous sommes donc obligés de décharger une fois arrivés à Kibumba. De là, des motos tricycles viennent récupérer les sacs de maïs. Pour franchir la barrière, nous payons aux militaires au moins 2000 Francs Congolais par sacs. Nous nous sentons obligés pour ne pas manquer à manger dans la ville et surtout ne pas rester sans activité », témoigne une opératrice agricole.
Selon les motocyclistes, ils peuvent facilement effectuer entre cinq (05) et huit (08) tours par jour transportant dix (10) sacs par tour. Ce qui porte à une moyenne de cent (100) mille Francs Congolais perçus. Ce qui pousse certains habitants à penser qu’il est pratiquement difficile pour certains militaires d’accepter la réouverture de cette route au risque de perdre l'entrée des bagatelles sommes d’argents qu’ils reçoivent journalièrement à ce poste sans aucun contrôle.
Un manque à gagner tant bien pour les régies financières de la province du Nord-Kivu que pour la population locale qui vit actuellement entre la guerre et la famine dans la capitale provinciale du Nord-Kivu. Pour ce faire, nombreux réclament la réouverture de cette route pour aider la population à sortir dans cette impasse socio-économique qu’elle traverse depuis la fermeture de cette route précédée par la guerre du M23.
Diddy MASTAKI, Goma