Il est 09h 00 au quartier Majengo, l’un des secteurs les plus densément peuplés de Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo. La poussière s’élève à chaque passage de moto, se mêlant aux appels des vendeurs et aux coups de marteau des ateliers. Au milieu du tumulte, deux enfants avancent rapidement, un sac en plastique à la main. Leurs vêtements recouverts de terre témoignent de la longue matinée qui les attend.
Ils font partie de ceux que les habitants surnomment les « enfants des murailles » : des jeunes de 8 à 14 ans poussés dans les rues par la guerre et la précarité, de plus en plus visibles depuis la progression du M23 dans le Rutshuru et le Masisi.
Une matinée dédiée à la survie
Fiston, 11 ans, marche en tête. Il porte un vieux sac à dos à moitié ouvert.
« On cherche du plastique, parfois du métal. On vend au kilo. Avec 500 francs, on peut acheter du foufou et un peu de sel », explique-t-il d’une voix basse.
À côté de lui, Patrick, 12 ans, ajuste un pagne noué autour de sa taille.
« L’école ? Je n’y vais plus depuis que les combats ont commencé chez nous. On est venu à Goma. On dort à six dans une petite maison en planches. On doit aider nos parents », dit-il.
Comme beaucoup d’enfants déplacés, leur journée suit un schéma immuable : départ tôt le matin, fouille des décharges, contournement des étals, vigilance face aux adolescents plus âgés ou aux agents municipaux qui les dispersent parfois. Une succession de petits risques pour quelques pièces.
Une ville sous pression sociale
Goma fait aujourd’hui face à l’un des plus importants afflux de déplacés de la dernière décennie. Les écoles sont saturées, les loyers ont grimpé, les structures humanitaires peinent à répondre. Dans les rues, le nombre d’enfants cherchant du plastique, transportant des charges ou vendant des sachets de récupération a fortement augmenté.
« Avant, il y avait quelques enfants des rues. Maintenant, c’est par dizaines dans certains quartiers. Le conflit a détruit les champs, le travail, les routes », affirme Aimé, un motard qui suit la situation depuis plusieurs années.
Des rêves minces mais persistants
Les organisations locales tirent la sonnette d’alarme : dans la province du Nord-Kivu, des milliers d’enfants sont aujourd’hui déscolarisés, exposés au travail précoce, à l’exploitation ou au recrutement forcé. Malgré cela, certains continuent d’entretenir de modestes aspirations.
« Si je retourne à l’école, j’aimerais apprendre à réparer les motos », confie Fiston, esquissant un sourire.
Patrick, de son côté, a un rêve différent : « Je veux devenir soldat, pour protéger ma mère ».
Une dignité préservée malgré l’incertitude
Peu avant midi, Fiston et Patrick reprennent leur route, le sac légèrement plus rempli. Autour d’eux, le marché continue son agitation habituelle. Dans cette ville résiliente, mais fragilisée par la guerre et la crise économique, leur histoire est loin d’être isolée.
Ces « enfants des murailles » incarnent une génération privée d’école, de protection et parfois même d’enfance. Une génération condamnée à survivre, mais qui continue à avancer, portée par une dignité que même la guerre n’a pas effacée.
À travers leurs pas, c’est toute la ville de Goma qui cherche une issue, un espace de répit, un avenir encore incertain, mais où l’espoir, ici, refuse de disparaître.
Diddi Mastaki