À Goma, l’activité commerciale devient de plus en plus difficile pour les commerçants formels, notamment les propriétaires de boutiques, qui se retrouvent dans une situation critique face à la concurrence déloyale des vendeurs ambulants. En effet, depuis quelques mois, la prolifération de ces derniers, qui écoulent des produits manufacturés à des prix bien inférieurs à ceux du marché traditionnel, perturbe gravement le commerce local.
Les rues de la ville sont envahies par des marchands ambulants, vendant des produits allant des biens de consommation courante aux articles plus spécifiques, souvent à des prix considérablement réduits. Un phénomène qui, selon les commerçants, crée un manque à gagner pour les boutiquiers formels qui, eux, appliquent des prix de vente plus élevés, en raison des frais fixes qu’ils doivent supporter.
Des prix défiant toute concurrence
Un boutiquier du quartier Virunga, qui souhaite garder l’anonymat, explique les difficultés qu’il rencontre : « Actuellement, nous connaissons des invendus à cause de ces ambulants qui vendent tous les produits à des prix très réduits. Quand les clients viennent vers nous, ils refusent de payer nos prix habituels. Cela rend notre travail encore plus difficile ».
Pour lui, la situation devient insoutenable, car les prix proposés par les commerçants informels sont souvent inférieurs de moitié, ce qui crée une pression importante sur ceux qui, légalement, sont obligés de respecter des normes fiscales et commerciales.
Le poids des charges pour les commerçants formels
Ce qui distingue les commerçants formels des ambulants, c’est la taxation et les frais fixes qu’ils doivent assumer. Le propriétaire d’une boutique en ville doit en effet payer un loyer, des taxes locales et diverses charges administratives qui pèsent lourdement sur le prix de revient des produits.
Pour un autre commerçant, cette réalité est d’autant plus frustrante qu’il se sent désavantagé par rapport aux ambulants, qui, eux, ne sont soumis à aucune de ces obligations :
« Ce que les autorités ne comprennent pas, c’est que nous avons plusieurs charges pour notre travail : loyer, taxes et autres dépenses, ce qui constitue notre base pour la fixation des prix des produits. Mais pour les ambulants, aucune dépense, rien à part amasser de l’argent. Que les autorités revoient cette évidence ».
Les autorités face à un dilemme
Les autorités locales semblent être confrontées à un véritable dilemme. D’une part, elles sont soumises à des pressions sociales pour permettre à de nombreux petits commerçants de subsister dans un contexte économique difficile, mais d’autre part, elles sont conscientes des déséquilibres créés par ce phénomène sur le marché formel.
Les commerçants formels réclament ainsi une intervention urgente des autorités pour rétablir un équilibre entre les secteurs formels et informels. Pour eux, la solution passe par une régulation stricte du commerce ambulatoire, notamment en matière de taxes et de conditions de travail, afin de garantir une concurrence loyale.
Une problématique socio-économique complexe
La prolifération du commerce ambulatoire à Goma ne fait pas qu’affecter les commerçants. Elle a également un impact sur la qualité des produits et sur la sécurité alimentaire. Nombreux de ces produits vendus à des prix cassés sont souvent de qualité douteuse, ce qui représente un risque pour les consommateurs.
Les autorités locales doivent désormais prendre des mesures pour assurer la régulation de ce marché parallèle tout en soutenant les petits commerçants formels dans leur démarche de développement économique. La réglementation des prix et une taxation équitable entre les deux secteurs semblent être des étapes nécessaires pour rétablir une économie locale saine et compétitive.
Diddy MASTAKI