À Goma et dans plusieurs zones sous contrôle du M23, les opérations financières sont devenues un véritable parcours du combattant pour la population. Si le « mobile banking » reste aujourd’hui l’un des rares moyens d’effectuer des transactions, son utilisation entraîne des pertes financières importantes pour les usagers, déjà fragilisés par le contexte sécuritaire et économique.
Dans la capitale du Nord-Kivu, les habitants font face à une double ponction lors des retraits d’argent. D’une part, les plateformes de « mobile money » appliquent une commission automatique sur chaque transaction. D’autre part, les guichetiers et opérateurs économiques exigent une commission supplémentaire, souvent fixée autour de 2,5 % par dollar retiré.
« Je ne comprends pas ce qui se passe exactement. Pour un retrait de 100 dollars, on me coupe environ 2 dollars dans le système et les guichetiers me prennent encore 2,5 dollars. C’est une énorme perte pour moi », déplore un étudiant de l’Université de Goma (UNIGOM), venu retirer ses frais académiques.
Au-delà des commissions jugées excessives, l’accès aux devises étrangères, notamment au dollar américain, est devenu un autre casse-tête. Les opérateurs imposent des taux de change largement inférieurs à ceux pratiqués officiellement sur le marché, réduisant davantage le pouvoir d’achat des ménages.
« Le plus grave, c’est que même quand on retire en dollars, on nous impose de convertir en francs Congolais à un taux très bas. Avec 10 dollars, je m’attendais à recevoir 24 000 francs Congolais, mais on ne m’a donné que 23 000 francs. Ça rend la vie encore plus dure », témoigne un habitant de la ville.
Cette situation alimente un sentiment de frustration et d’injustice au sein de la population, qui se retrouve prisonnière d’un système financier informel, coûteux et peu régulé. Dans un contexte marqué par la guerre, l’insécurité et la rareté des liquidités, ces pratiques accentuent la précarité économique des familles et réduisent leur capacité à subvenir à leurs besoins essentiels.
Pour de nombreux habitants de Goma, la question du mobile banking n’est plus seulement financière : elle est devenue un enjeu de survie quotidienne, dans une ville où chaque dollar perdu pèse lourdement sur des ménages déjà à bout de souffle.
Diddy Mastaki