Dans l’est de la République démocratique du Congo, plusieurs mouvements citoyens ont appelé à trois journées « ville morte » du 1er au 3 avril dans les villes de Butembo, Beni et à Lubero-centre, afin de dénoncer l’activisme des rebelles des ADF.
Cette mobilisation, qui prévoit la suspension des activités économiques, administratives et de la circulation, met en lumière un dilemme persistant dans la région : protester contre l’insécurité sans aggraver la précarité des populations locales.
Dans ces zones durement touchées par des années de violences attribuées aux ADF, l’économie repose largement sur le secteur informel, les petits commerces et le transport de proximité. Une paralysie de trois jours pourrait entraîner des pertes immédiates de revenus pour les commerçants et les travailleurs journaliers, ainsi que des perturbations dans l’approvisionnement en produits de base et l’accès aux services essentiels.
Des mouvements comme LUCHA et Filimbi défendent cette action comme un moyen de pression légitime pour contraindre les autorités à agir face à l’insécurité persistante. Mais sur le terrain, certains habitants redoutent un impact négatif direct sur des ménages vivant au jour le jour.
« Trois jours sans activité peuvent représenter une perte critique pour de nombreuses familles », confie un habitant de Butembo, sous couvert d’anonymat.
L’appel intervient dans un contexte de colère croissante, alimentée par la poursuite des attaques contre les civils, qui renforcent un sentiment d’abandon parmi la population. Toutefois, la stratégie divise : si certains y voient l’unique moyen de se faire entendre, d’autres estiment qu’elle pénalise d’abord les plus vulnérables.
Les organisateurs ont par ailleurs annoncé une campagne de sensibilisation de 30 jours, signe d’une volonté d’inscrire la mobilisation dans la durée.
Dans les villes de Butembo, Beni et leurs environs, la répétition des journées « ville morte » illustre une fatigue sociale profonde. La population reste confrontée à une double contrainte : une insécurité persistante et le coût économique des actions de protestation.
Dans ce contexte, la capacité de la société civile à maintenir la pression sans fragiliser davantage les conditions de vie des habitants demeure une question centrale.
Diddy Mastaki