Le débat autour de la révision ou changement de la constitution en République Démocratique du Congo continue à faire réagir la classe politique. Lundi 15 juin 2025, le sénateur Salomon Kalonda Della Idi a adressé une lettre ouverte au président de la République Félix Antoine Tshisekedi, au sujet de la proposition de loi fixant les conditions d'organisation du référendum en RDC, prélude au changement de la Constitution, Écrite en marge des débats en cours au Sénat.
« Monsieur le Président de la République, au moment où notre Nation traverse l'une des crises sécuritaires et humanitaires les plus aiguës de son existence, l'introduction d'une proposition de loi référendaire visant à changer la Constitution de la République n'est pas seulement inopportune, elle constitue une faute historique », écrit le Sénateur Salomon Kalonda.
Et d’ajouter : « C'est à ce titre, en ma qualité de Sénateur de la République et au nom de la conscience qui est la mienne en ces heures décisives, que je vous adresse cette lettre ouverte. L'Assemblée nationale l'a déjà adoptée. Le Sénat en délibère en présent. Il me revient, avant que cette chambre qui est la mienne ne se prononce, de vous dire avec franchise ce que l'histoire exigera que l'on ait dit ».
Cet opposant Congolais affirme que ce qu’il écrit n’est pas un positionnement partisan mais plutôt un cri d'alarme patriotique.
Il ajoute dans sa lettre ouverte écrite depuis la ville de Bruxelles en Belgique que la Constitution du 18 février 2006 n'est pas une loi comme les autres. Elle est le fruit d'un consensus laborieux obtenu à Sun City, au prix d'une guerre fratricide qui a coûté la vie à des millions de compatriotes Congolais. Elle a été rédigée précisément pour conjurer le démon de la dictature et garantir l'alternance démocratique.
« Vouloir la démanteler aujourd'hui, c'est rompre le pacte républicain qui maintient l'unité de notre Nation », a-t-ildéclaré.
« Monsieur le Président, vous avez hérité d'un nom et d'un combat. En soumettant cette proposition de loi à nos deux chambres, votre regroupement politique commet un parjure qui va bien au-delà du simple calcul politique. C'est une trahison à la mémoire des treize parlementaires parmi lesquels figure en tête de liste le Patriarche Etienne Tshisekedi wa Mulumba, votre père biologique. Ces hommes ont bravé la dictature la plus féroce, enduré la prison, les relégations et la torture, pour que le Congo ne soit plus jamais la propriété d'un seul homme ou d'un clan. Comment peut-on prétendre honorer cet héritage tout en réinstallant les mécanismes mêmes que ces pères de notre démocratie ont combattus au prix de leur vie ? C'est une insulte au sang de nos martyrs », poursuit Salomon Kalonda.
Alors que le « Sénat n'a pas encore dit son dernier mot. Cette chambre, gardienne des provinces et de l'équilibre de la Nation, n'est pas une chambre d'enregistrement. Elle a le devoir, et la possibilité, de mettre un terme à cette aventure avant qu'elle ne devienne irréversible, comme l'avait fait à l'époque, le Président du Sénat Kengo wa Dondo. Mais c'est à vous que je m'adresse en dernier ressort, car vous seul pouvez encore retirer ce texte et éviter à notre pays une crise constitutionnelle dont les conséquences dépasseraient largement le débat
en cours ».
Ce haut cadre du parti « Ensemble pour la République », met le président Félix-Antoine Tshisekedi devant ses responsabilités.
« L'histoire vous regarde. Elle retiendra soit que vous avez été celui qui a liquidé l'héritage démocratique de la RDC, soit celui qui, au moment décisif, a choisi la patrie plutôt que le pouvoir. En hommage à nos pères de l'indépendance, Lumumba, Kasa-Vubu et leurs compagnons, ainsi qu'à la mémoire d'Etienne Tshisekedi, des treize parlementaires, de Rossy Mukendi, de Thérèse Kapangala et de chacun de nos martyrs ; pour l'unité de notre territoire ; pour l'avenir de nos enfants, la Nation attend de vous le retrait de cette proposition de loi référendaire controversée. Il est encore temps M. le Président de rester du côté du peuple. Il est encore temps de rester du bon côté de l'histoire. Il est encore temps de sortir par la grande porte », a-t-ilrenchéri.
A lui de conclure : « Chaque goutte de sang versée pour lutter contre ce changement constitutionnel est une tache indélébile sur votre bilan au pouvoir, M. le Président. On ne bâtit pas une nouvelle République sur les corps de ses propres enfants ».
Le Sénateur Salomon Kalonda Della Idi déplore également dans le même document parvenu à notre rédaction, la récente répression du sit-in de l’opposition du 12 juin dernier au palais du peuple à Kinshasa qui a fait des morts de nombreux blessés.
Pacheco Kavundama