Une déclaration de Martin Fayulu sur les Banyamulenge relance le débat sur la nationalité et l’identité des populations Rwandophones du Sud-Kivu. Dans un contexte marqué par la guerre entre Kinshasa et l’AFC/M23, les propos de l’opposant suscitent de vives réactions et alimentent une nouvelle bataille autour de l’histoire du peuplement des Kivu.
La polémique enfle en République Démocratique du Congo autour de la question de l’identité des Banyamulenge, communauté Rwandophone établie principalement dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu.
Lors d’une récente sortie médiatique, l’opposant Martin Fayulu a remis en cause l’existence d’une identité Banyamulenge Congolaise, s’interrogeant notamment sur leur langue et leur appartenance communautaire.
« Dites-moi quelle est la langue des Banyamulenge (...) vous avez une tribu qui s’appelle les Banyabwisha ? », a déclaré Martin Fayulu, avant d’évoquer la situation des populations de Minembwe et de contester l’appellation Banyamulenge.
L’opposant a également fait référence aux Hutu du Nord-Kivu, estimant que cette confusion identitaire pouvait favoriser l’émergence d’autres revendications communautaires.
Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement sensible. Depuis plusieurs décennies, la question de la nationalité et de l’appartenance des populations Rwandophones du Kivu est étroitement liée aux conflits armés qui ont secoué l’Est Congolais.
La présence de Banyamulenge dans certaines rébellions successives, notamment dans les mouvements apparus après la chute de Mobutu, a contribué à renforcer les amalgames entre appartenance communautaire et engagement politico-militaire.
Une déclaration jugée dangereuse dans le contexte actuel
Pour Matthieu Kalule, analyste indépendant, les propos de Martin Fayulu interviennent à un moment où la question identitaire constitue déjà l’un des principaux points de tension du conflit entre Kinshasa et l’AFC/M23.
« Nous sommes en guerre ! Et la question des Banyamulenge comme des autres Rwandophones est l’alibi principal brandi par le M23 pour justifier son expansion dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Tenir ces propos au grand jour, devant le monde entier, c’est mettre de la poudre sur le feu afin de consolider les relations du M23 et de leur parrain, le Rwanda », estime Matthieu Kalule.
Selon lui, l’opposant devrait davantage concentrer son discours sur la critique du pouvoir de Kinshasa plutôt que de s’engager sur un terrain identitaire susceptible, selon son analyse, d'alimenter davantage les tensions.
« Fayulu doit rester sur une ligne. Soit il s’oppose au régime de Kinshasa, soit il montre son vrai visage et non aborder toutes les questions à la fois pour ne rien résoudre », poursuit Matthieu Kalule.
Une bataille qui dépasse les frontières Congolaises
Les déclarations de Martin Fayulu ont également provoqué des réactions dans la sous-région des Grands Lacs.
Sur les réseaux sociaux, des responsables politiques et diplomates Rwandais ont mobilisé différents arguments historiques pour défendre l’ancienneté de la présence de populations Rwandophones dans les Kivu.
Des cartes anciennes des subdivisions ethniques ont notamment refait surface. L’une d’elles, récemment relayée par le diplomate Rwandais Vincent Karega, fait depuis l’objet de débats sur son origine et son authenticité. Des versions différentes du même document circulent également en ligne, avec des listes de communautés qui ne correspondent pas toujours d’une reproduction à l’autre.
Cette multiplication de documents historiques difficilement vérifiables contribue davantage à brouiller le débat qu’à l’éclairer.
L’histoire reste au cœur du débat
Au-delà de la polémique politique, la question des Banyamulenge renvoie à une histoire ancienne et complexe, marquée par les migrations régionales, les découpages administratifs coloniaux belges et les différentes conceptions de la nationalité Congolaise.
Pour établir les faits, les historiens et chercheurs disposent notamment des archives coloniales et des documents administratifs ayant servi à définir les populations et les territoires des Kivu.
C’est donc dans les archives, davantage que dans les déclarations politiques ou les cartes sorties des réseaux sociaux, que pourrait se trouver une partie des réponses à cette controverse historique.
Mais dans une région toujours confrontée à la guerre, la question demeure hautement inflammable. La frontière entre débat historique, revendication politique et instrumentalisation identitaire reste particulièrement fragile.
Diddy Mastaki