À l’approche du XXᵉ Sommet de la Francophonie, prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, en Thaïlande? , au Cambodge, la question du renouvellement du secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) suscite de vives tensions diplomatiques. La France tente de rapprocher les positions de Kinshasa et de Kigali afin d’éviter une crise institutionnelle provoquée par la candidature de Louise Mushikiwabo à un troisième mandat.
La succession à la tête de l’OIF est devenue un véritable dossier de politique étrangère. Alors que la République démocratique du Congo s’oppose à une nouvelle reconduction de la responsable Rwandaise, Paris cherche une formule susceptible de préserver les équilibres diplomatiques au sein de l’organisation.
Selon des informations relayées par plusieurs médias, les autorités françaises ont intensifié les consultations avec les deux capitales pour empêcher que cette compétition ne débouche sur une nouvelle rupture entre les États membres.
La position de Kinshasa constitue l'un des principaux obstacles à la reconduction de Louise Mushikiwabo. Le président Félix Tshisekedi aurait notamment brandi la possibilité d'un retrait de la RDC de l'organisation si la dirigeante rwandaise obtenait un nouveau mandat. Cette position aurait été exprimée lors des échanges avec le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Kinshasa, le 02 octobre dernier.
Paris explore des solutions pour désamorcer les tensions
Confrontée au risque d'une confrontation entre deux pays aux relations particulièrement tendues, la diplomatie française chercherait à éviter un vote qui pourrait accentuer les divisions au sein de la Francophonie.
Parmi les pistes évoquées figure le report de l'élection du secrétaire général d'une ou deux années, tout en maintenant Louise Mushikiwabo à ses fonctions pendant cette période.
Cette éventualité permettrait de gagner du temps et de donner aux différentes parties la possibilité de trouver un compromis. Elle soulève toutefois des questions sur les dispositions institutionnelles encadrant la durée du mandat et les conditions de son éventuelle prolongation.
Traditionnellement attachée à la recherche du consensus dans les grandes décisions de l'organisation, la France serait peu favorable à un scrutin susceptible de mettre en évidence les divisions politiques entre les États membres.
Dacian Cioloș, l'alternative pour sortir de l'impasse
Face à l'opposition entre les candidatures Rwandaise et Congolaise, une troisième voie pourrait également être envisagée.
L'ancien Premier ministre roumain et ex-commissaire européen, Dacian Cioloș, est cité parmi les personnalités susceptibles de rebattre les cartes dans cette compétition. Son profil pourrait notamment constituer une alternative si les négociations entre Kinshasa et Kigali n'aboutissaient pas.
La Mauritanienne Coumba Ba figure également parmi les prétendants au poste. De son côté, la RDC mise sur Juliana Amato Lumumba pour défendre ses intérêts et porter sa candidature à la tête de l'organisation.
D'après des informations rapportées par l'Agence France-Presse (AFP), Louise Mushikiwabo et Dacian Cioloș figureraient parmi les candidats les mieux positionnés dans cette course.
Quatre candidats pour un mandat de 2027 à 2030
Le prochain sommet de la Francophonie, organisé à Phnom Penh les 15 et 16 novembre 2026, sera déterminant pour l'avenir du secrétariat général de l'institution.
Quatre personnalités sont en compétition : Louise Mushikiwabo, soutenue par le Rwanda, Juliana Amato Lumumba, candidate de la RDC, Dacian Cioloș pour la Roumanie et Coumba Ba pour la Mauritanie. Le prochain mandat couvrira la période 2027-2030.
Au-delà de la désignation du futur responsable de l'OIF, cette échéance met en lumière les rivalités diplomatiques qui traversent actuellement l'espace francophone. Pour Kinshasa, empêcher une troisième reconduction de Louise Mushikiwabo représente un enjeu politique et diplomatique important, dans un contexte marqué par la dégradation persistante de ses relations avec Kigali.
Pour Paris, le défi consiste à préserver la cohésion d'une organisation qui rassemble des États aux intérêts parfois divergents, sans laisser les tensions entre la RDC et le Rwanda compromettre son fonctionnement.
À Phnom Penh, la succession de Louise Mushikiwabo pourrait ainsi dépasser la seule question du leadership de l'OIF et devenir un révélateur des rapports de force diplomatiques au sein de la Francophonie.
Diddy Mastaki