La province Congolaise de l’Ituri continue de faire face à une situation humanitaire alarmante en ce début d’année 2026, selon le rapport publié par le Bureau des Nations-Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA). Entre violences persistantes, déplacements massifs et services essentiels gravement perturbés, les populations civiles subissent de plein fouet les conséquences du conflit armé.
Le territoire de Djugu, en particulier la zone de santé de Fataki, autour de Bule, demeure un épicentre d’insécurité. Les affrontements entre groupes armés maintiennent la population dans un climat de peur et d’extrême vulnérabilité. Entre le 6 et le 28 avril, plus de dix civils ont été tués et une vingtaine blessés alors qu’ils tentaient de collecter de la nourriture à proximité du site de déplacés de Plaine Savo. Conséquence directe de ces violences : un accès humanitaire fortement limité et la dernière distribution alimentaire remontant à décembre 2025, aggravant la précarité alimentaire de milliers de personnes déplacées.
Plus de 73 000 personnes vivent aujourd’hui sur le site de Plaine Savo dans des conditions surpeuplées et démunies, tandis que près de 26 800 habitants ont fui Fataki vers Rethy durant la première moitié d’avril.
Dans le territoire de Mambasa, une série d’attaques meurtrières entre début et fin avril notamment à Bafwakoa et Salate a causé la mort de dizaines de civils et engendré l’incendie de villages. Ces épisodes ont provoqué la fermeture d’au moins 23 écoles et neuf centres de santé, privant ainsi plus de 60 000 personnes d’accès à l’éducation et aux soins. Malgré une accalmie relative en fin de mois, avec la libération de plus de 200 otages, les besoins humanitaires restent criants, avec plus de 29 600 déplacés en quête d’aide multisectorielle urgente.
Face à cette crise, les acteurs humanitaires multiplient les initiatives. Parmi elles, des formations pour renforcer la gestion des sites de déplacés, des séances de soutien psychologique, ainsi que des distributions alimentaires et d’assistance monétaire à des dizaines de milliers de personnes. Sur le plan sanitaire, près de 17 000 patients ont reçu des soins en avril, dont des femmes enceintes et des enfants souffrant de malnutrition. Le Programme Alimentaire Mondial et ses partenaires ont lancé plusieurs distributions de vivres et semences dans les zones les plus affectées.
Cependant, les difficultés d’accès liées à l’insécurité perturbent la réponse humanitaire. Les autorités et ONG appellent à un renforcement des efforts pour sécuriser les corridors d’approvisionnement et permettre un accès durable aux populations déplacées. Les acteurs sur le terrain plaident également pour un soutien accru afin d’améliorer les infrastructures d’eau, d’assainissement, ainsi que l’éducation dans les camps, notamment à Plaine Savo.
Ce rapport d’OCHA souligne clairement la nécessité urgente d’une mobilisation internationale renforcée et d’une coordination accrue entre organismes humanitaires, gouvernements et communautés locales pour atténuer les souffrances d’une population encore fragile et exposée.
Joël Heri Budjo