La situation sécuritaire qui demeure volatile dans la grande partie de la province du Nord-Kivu aurait des conséquences néfastes sur le processus électoral en cours. À ce contexte défavorable au bon déroulement des opérations d'enregistrement des électeurs s'ajoute une mauvaise politique de la commission électorale nationale indépendante (CENI) qui ne permet pas à des milliers de citoyens Congolais d'accéder facilement à la carte d'électeur.
Cette révélation a été faite par le député national Jean-Baptiste Kasekwa au cours d'une conférence animée en ville de Beni sous le thème : “Défis d'accès à la carte d'électeur au Nord-Kivu : enjeux, conséquences et pistes de solution.” Une activité d'échange à laquelle ont pris part plusieurs couches de la population locale entre autres les acteurs de la société civile, les responsables des associations de jeunes et de femmes ainsi que des activistes des droits humains.
Dans son exposé, l'élu de la ville de Goma a démontré combien de fois l'activisme du M23 dans les territoires de Rutsuru et Masisi couplé à celui des terroristes d'Allied Democratic Forces (ADF) dans les territoires de Beni et Lubero, constituent un vrai blocage au bon déroulement des opérations d'enregistrement des électeurs dans cette partie du pays.
À en croire les statistiques présentées par le député Kasekwa ; “ jusqu'au 20 mars 2023 seulement 2,05% d'électeurs étaient déjà enrôlés dans le territoire de Masisi contre 4,6% dans le territoire de Rutsuru et 32,6 % dans le territoire de Beni;” des chiffres largement faibles compte tenu du nombre d'électeurs attendus dans cette zone, déplore-t-il.
Contrairement aux zones sous occupation des rebelles, les territoires relativement calmes font quant à eux face à d'autres blocages plus complexes en ce qui concerne l'enregistrement des électeurs, poursuit Jean-Baptiste Kasekwa.
“Il s'agit notamment du monnayage de l'opération, de la lenteur qui caractérise les opérateurs de saisie ainsi que de l'insuffisance des centres et des kits d'enrôlement,” précise-t-il.
Pour le député national Kasekwa, la CENI et sa politique de travail deviennent donc le troisième facteur de l'échec qui s'observe dans plusieurs territoires du Nord-Kivu en ce qui concerne le processus électoral en cours.
Suivant les projections statistiques présentées par cet élu de Goma ; au moins 2 042 311 Congolais du Nord-Kivu ne pourront pas se faire enregistrer même si la CENI ramenait au 11 avril 2023 la fin des opérations d'enrôlement, ce phénomène fera perdre à la province au-moins 20 sièges à l'assemblée nationale.
En guise de solution, Jean-Baptiste Kasekwa pense qu'il est plus qu'urgent de prolonger jusqu'au 16 mai 2023, les opérations d'enregistrement des électeurs dans le Nord-Kivu. Mais également à la CENI de s'engager à tenir compte de la situation sécuritaire qui prévaut dans les territoires de Rutsuru, Masisi, Beni et Lubero en vue de conserver le nombre de sièges que ces entités ont su décocher depuis les élections précédentes.
Rappelons également que lors des scrutins de 2018 les villes de Beni et Butembo ainsi que les territoires de Lubero et Beni avaient été privées des élections présidentielles suite à une épidémie d'Ebola déclarée dans la région quelques mois avant.
Nicole Lufungi, Beni