Les écarts de rémunération au sein de la fonction publique Congolaise sont au cœur d'un nouveau rapport publié par l'organisation AFREWATCH, en collaboration avec la plateforme le Congo n'est pas à vendre (CNPAV). Intitulée « Les disparités des rémunérations entre agents publics au centre des inégalités et injustices sociales en RDC », cette étude met en lumière des différences importantes entre les traitements accordés aux agents de carrière et ceux de certains mandataires des établissements publics, tout en appelant à davantage de transparence dans la gestion des finances publiques.
L'analyse, fondée sur les textes légaux, la loi des finances 2024, des grilles salariales, des entretiens et des données budgétaires, indique que le traitement initial d'un agent de carrière varie de 240 720 francs congolais pour un huissier à 390 439 francs Congolais pour un secrétaire général. Les auteurs estiment que cette grille demeure relativement harmonisée au sein de la fonction publique de carrière.
En revanche, le rapport souligne que les rémunérations de certains mandataires d'établissements publics atteignent plusieurs dizaines de milliers de dollars américains par mois. À titre d'exemple, les données exploitées par les auteurs indiquent qu'un directeur général du FONAREV peut bénéficier d'une rémunération de base de 38 000 dollars, à laquelle s'ajoutent différentes indemnités et avantages, tandis que les rémunérations mensuelles des mandataires de l'INPP peuvent atteindre 37 330 dollars, selon les arrêtés ministériels cités dans l'étude.
Les chercheurs attirent également l'attention sur ce qu'ils qualifient de manque de transparence concernant les rémunérations de plusieurs hautes autorités de l'État. Selon eux, les informations officielles relatives aux salaires du Président de la République, des présidents des deux chambres du Parlement, de la Première ministre, des ministres ou encore des gouverneurs de province ne sont pas publiquement accessibles, ce qui, à leurs yeux, limite les possibilités de contrôle citoyen. Il s'agit des conclusions formulées par les auteurs du rapport.
L'étude s'intéresse aussi à la structure des primes dans certains secteurs. Dans l'enseignement supérieur, par exemple, elle relève que la prime institutionnelle d'un professeur peut dépasser dix fois son traitement de base, une situation que les auteurs présentent comme révélatrice d'importantes disparités dans les mécanismes de rémunération.
Sur le plan budgétaire, AFREWATCH et le CNPAV observent que les dépenses consacrées au fonctionnement de plusieurs institutions ont dépassé les prévisions inscrites dans la loi des finances 2024, alors que les investissements destinés aux infrastructures et aux services sociaux ont enregistré des taux d'exécution beaucoup plus faibles. Les auteurs estiment que cette tendance interroge les priorités de la dépense publique.
Face à ces constats, les organisations recommandent notamment l'harmonisation des grilles salariales, la publication des rémunérations des agents publics, la création d'un mécanisme de régulation des salaires ainsi qu'un renforcement des contrôles sur les primes et les dépenses de fonctionnement des institutions publiques.
À travers cette publication, AFREWATCH et le CNPAV disent vouloir alimenter le débat public sur la gouvernance budgétaire, promouvoir davantage d'équité dans la rémunération des agents de l'État et encourager une gestion plus transparente des ressources publiques.
Joël Heri Budjo