En Ituri, la rentrée scolaire 2026-2027 intervient dans un contexte particulièrement délicat. D’un côté, le gouvernement a choisi de maintenir la reprise des cours afin de préserver le droit à l’éducation des enfants. De l’autre, la persistance de la maladie à virus Ebola impose une vigilance sanitaire accrue. À cela s’ajoute l’insécurité persistante dans certaines zones, notamment dans le territoire de Mambasa.
Cette situation place les écoles au cœur d’un double défi : continuer à éduquer sans exposer davantage les enfants à la maladie et garantir l’accès à l’éducation malgré les déplacements liés à l’insécurité.
Pour Meta Wani Michel, président de l’Union des associations culturelles pour le développement de l’Ituri (UNADI), le choix de maintenir la rentrée scolaire est compréhensible. Mais cette décision doit impérativement être accompagnée de moyens conséquents.
« Nous sommes dans l’obligation de travailler avec les enseignants, les parents et les leaders d’opinion pour qu’ensemble nous puissions sauver la vie de nos enfants pendant cette période de reprise de l’année scolaire », explique-t-il.
Ouvrir les écoles ne suffit pas
La question centrale n’est donc plus de savoir si les écoles doivent fonctionner, mais dans quelles conditions elles doivent accueillir les élèves.
Les visites effectuées dans certains établissements par le président de l’UNADI révèlent, selon lui, des insuffisances en matière de dispositifs sanitaires. Certaines écoles manquent notamment d’eau potable, de chlore, de dispositifs de lavage des mains ou encore de thermoflashs.
« Nous demandons à l’État de donner les moyens de fonctionnement suffisants aux écoles », plaide Meta Wani Michel.
Cette revendication pose une question fondamentale : avons-nous réellement donné aux écoles les moyens de protéger ceux qui y passent chaque journée ?
Dans un contexte épidémique, une école dépourvue d’eau, de produits de désinfection ou de dispositifs permettant de surveiller la température des élèves ne peut être considérée comme suffisamment préparée. La prévention ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des enseignants et des parents.
L’enfant, maillon faible ou relais de prévention ?
L’analyse de l’UNADI met cependant en évidence un autre aspect : l’enfant peut devenir un véritable relais de prévention au sein de sa famille.
Lorsqu’il est correctement informé à l’école, il peut rappeler à ses parents certaines mesures d’hygiène et de prévention. Cette approche transforme ainsi l’élève en acteur de la réponse communautaire, et non simplement en bénéficiaire des mesures sanitaires.
Mais encore faut-il que l’information transmise soit claire, régulière et adaptée à son âge.
La responsabilité ne revient donc pas uniquement à l’école. Elle commence à la maison, se poursuit en classe et doit s’étendre aux autres espaces de fréquentation des enfants : marchés, églises, transports et lieux publics.
L'autre menace : l'insécurité. À cette crise sanitaire s’ajoute une autre réalité : l’insécurité.
Dans plusieurs territoires de l’Ituri, la situation sécuritaire semble connaître une amélioration, selon l’UNADI. Mais certaines zones de Mambasa et d’Irumu restent confrontées aux attaques attribuées aux ADF.
Conséquence directe : des familles se déplacent et certains enfants ne peuvent plus rejoindre leurs écoles.
« Là où les gens sont en train de fuir, vous ne pouvez pas demander à un enfant d’aller à l’école. La sécurité marche de pair avec la vie de la communauté », rappelle Meta Wani Michel.
Cette déclaration résume à elle seule le dilemme auquel fait face l’Ituri : on ne peut pas parler d’une rentrée scolaire pleinement réussie lorsque des enfants restent chez eux par peur de l’insécurité.
L’éducation et la sécurité sont donc indissociables. Protéger une école ne signifie pas seulement sécuriser son enceinte ; cela suppose également de sécuriser les routes, les villages et les communautés dans lesquelles vivent les élèves.
Mambasa, un point de vigilance particulier
Le cas de Mambasa apparaît particulièrement préoccupant dans le plaidoyer de l’UNADI. L’organisation appelle à davantage de moyens militaires, de renseignement et d’implication des communautés locales pour faire face aux groupes armés.
Cette situation montre également les limites d'une réponse exclusivement militaire. Dans des zones forestières difficiles d’accès, le renseignement communautaire, la connaissance du terrain et la collaboration entre populations et services de sécurité peuvent jouer un rôle déterminant.
Mais cette collaboration ne peut fonctionner que si les populations ont suffisamment confiance dans les institutions chargées de leur protection.
Le véritable enjeu : éviter de choisir entre éducation et protection
Au fond, le débat sur la rentrée scolaire en Ituri ne devrait pas opposer l’éducation à la santé. Les enfants ont besoin d’aller à l’école. Mais ils ont également besoin d’y aller en sécurité.
Maintenir les cours est indispensable pour éviter une nouvelle rupture dans leur parcours éducatif. Mais maintenir les cours sans renforcer les mesures sanitaires et sécuritaires pourrait exposer les mêmes enfants à d’autres conséquences.
C’est pourquoi le plaidoyer de l’UNADI interpelle directement les autorités : la rentrée scolaire doit être accompagnée d’un investissement réel dans les conditions d’accueil des élèves.
« Seuls, on est capables, mais tous ensemble, on peut devenir forts et on peut juguler cette maladie », estime le président de l’UNADI.
Une rentrée qui appelle à la responsabilité collective
La situation actuelle impose finalement une responsabilité partagée. L’État doit fournir les moyens. Les écoles doivent appliquer les mesures de prévention. Les enseignants doivent sensibiliser. Les parents doivent accompagner leurs enfants. Les communautés doivent rester vigilantes et les médias doivent continuer à informer correctement.
Car dans une province confrontée simultanément à une crise sanitaire et à des poches d’insécurité, la réussite de la rentrée ne se mesurera pas seulement au nombre d’écoles ouvertes, mais à la capacité collective de maintenir les enfants à l’école sans compromettre leur vie et leur sécurité.
En Ituri, le véritable défi n’est donc pas simplement de faire retourner les enfants en classe. Il est de créer les conditions pour qu’ils puissent y rester, apprendre et rentrer chez eux en toute sécurité.
Joël Heri Budjo