La gouvernance de la riposte contre Ebola en Ituri fait face à d’importantes difficultés, notamment en matière de gestion des ressources, de rémunération des agents, de sécurité et de lutte contre la corruption. C’est ce qui ressort d’une étude menée de mai à septembre 2026 par le Cadre de Concertation des Communautés dans les dispositifs de riposte sanitaire (CdC-RN) auprès de 53 acteurs de première ligne dans les zones de santé de Bunia, Rwampara et Mongbwalu.
Selon cette étude, 71,7 % des personnes interrogées disent avoir directement été témoins de pratiques de corruption dans la riposte. Les cas rapportés concernent notamment des travailleurs fantômes, le népotisme, le détournement de médicaments et la surfacturation.
L’étude relève également une forte perception d’impunité : 86,8 % des répondants affirment qu’aucune sanction n’a été appliquée contre les auteurs présumés de ces malversations.
Plus de 162 millions USD annoncés
Sur le plan financier, le CdC-RN relève que plus de 162 millions de dollars américains ont été annoncés par les partenaires techniques et financiers pour la réponse, alors que 28,3 % des acteurs interrogés font état d’une opacité persistante dans la gestion des ressources.
L’étude met également en évidence un écart entre la rémunération convenue et celle effectivement perçue par les agents de première ligne. Le montant convenu était de 553 USD, contre 368 USD effectivement reçus, soit un écart moyen de 186 USD.
Les retards de paiement constituent un autre problème important. Ils sont particulièrement signalés à Rwampara, où 91,7 % des répondants les rapportent.
Des disparités importantes entre les zones de santé
L’étude montre également des différences importantes entre Bunia, Rwampara et Mongbwalu.
Bunia présente le taux le plus élevé de corruption institutionnelle rapportée, avec 93,3 %. À Rwampara, la corruption et les problèmes de sécurité apparaissent simultanément, avec un taux de corruption rapporté de 80,8 %.
À Mongbwalu, le taux de corruption rapporté est plus faible, à 25 %, mais la zone se distingue par une situation sécuritaire particulièrement préoccupante : 100 % des répondants y signalent des incidents de sécurité.
Concernant les Centres de traitement Ebola, 52,8 % des personnes interrogées déclarent avoir été confrontées à des incidents de sécurité, avec un taux atteignant 100 % à Mongbwalu.
L’analyse statistique réalisée à partir des données recueillies fait ressortir des disparités significatives entre les trois zones de santé. Quatre des six tests du Chi² réalisés sont statistiquement significatifs, avec une valeur de p inférieure à 0,05, selon le rapport.
Le CdC-RN demande des audits et des sanctions
Face à ces constats, le Cadre de Concertation des Communautés dans les dispositifs de riposte sanitaire formule plusieurs recommandations au gouvernement congolais et aux partenaires techniques et financiers.
Il préconise notamment la mise en place de paiements numériques, notamment par mobile money, pour les agents de la riposte, l’affichage public des budgets affectés à chaque zone de santé et la réalisation d’audits indépendants par l’Inspection générale des finances (IGF).
L’organisation recommande également l’adoption d’une loi protégeant les lanceurs d’alerte ainsi que l’application de sanctions judiciaires effectives contre les personnes impliquées dans les malversations financières.
Pour le CdC-RN, ces mesures sont nécessaires pour renforcer la transparence dans la riposte et restaurer la confiance des communautés.
Cette étude intervient alors que l’Ituri a enregistré plus de 3 500 décès liés à Ebola, selon les données citées dans le communiqué du CdC-RN.
Joël Heri Budjo