La diminution progressive des stocks de poissons dans le lac Albert suscite de vives inquiétudes en Ituri, où des milliers de familles dépendent directement de la pêche pour leur alimentation et leurs revenus. Les autorités provinciales alertent sur une situation qui dépasse désormais le simple cadre environnemental pour devenir un enjeu de sécurité alimentaire.
À l’occasion de la 59ᵉ Journée nationale du poisson, célébrée le 24 juin, la Division provinciale de la Pêche et Élevage a dressé un constat préoccupant sur l’état des ressources halieutiques. Selon Ir Fiston Kabaseke, chef de cette division, le lac Albert, autrefois parmi les plus poissonneux de la région, connaît une dégradation rapide de ses écosystèmes.
Il explique que plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation, notamment la pêche illicite, l’utilisation d’engins prohibés, l’insécurité persistante sur les eaux ainsi que le manque de contrôle efficace des activités de pêche. Ces pratiques contribuent à la réduction des espèces et à la perturbation de la reproduction naturelle des poissons.
Cette dégradation a des conséquences directes sur les populations locales. La baisse des captures entraîne une diminution des revenus des pêcheurs, une hausse de la vulnérabilité alimentaire et une pression accrue sur les ressources restantes. Dans certaines zones, la rareté du poisson affecte déjà les habitudes alimentaires des ménages.
Au-delà de l’aspect économique, les autorités craignent également des tensions sociales liées à l’accès aux zones de pêche, notamment dans les espaces de frayère, essentiels au renouvellement des stocks. L’insécurité dans certaines parties du lac complique davantage la gestion durable de cette ressource stratégique.
Face à cette situation, la Division provinciale de la Pêche et Élevage appelle à une réponse coordonnée impliquant les autorités, les communautés de pêcheurs, les scientifiques et les partenaires techniques et financiers. L’objectif est de mettre en place une gestion plus rigoureuse et durable des ressources halieutiques.
Dans ce cadre, l’aquaculture est présentée comme une alternative stratégique. Elle permettrait de produire du poisson en milieu contrôlé, de réduire la pression sur le lac Albert et d’améliorer la disponibilité des protéines animales pour les populations.
Ir Fiston Kabaseke insiste également sur la nécessité de renforcer l’application des lois en matière de pêche, de lutter contre la corruption et les pratiques illégales, et de sensibiliser les pêcheurs au respect des normes en vigueur. Il appelle notamment à l’abandon des filets prohibés et à la régularisation des activités de pêche par l’obtention de permis officiels.
Le responsable provincial exhorte par ailleurs les partenaires internationaux et nationaux à soutenir les initiatives de développement du secteur halieutique en Ituri, tout en encourageant la recherche scientifique afin d’orienter les politiques publiques vers des solutions durables.
Dans un contexte marqué par la pression démographique et les défis sécuritaires persistants, la crise du lac Albert illustre les enjeux croisés entre environnement, économie et sécurité alimentaire dans l’est de la République démocratique du Congo.
Joël Heri Budjo