À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, certains jeunes artisans transforment de vieux pneus de véhicules en bandes de frein destinées aux motos. Cette activité leur permet de générer des revenus tout en proposant une alternative moins coûteuse aux pièces de rechange d’origine. Mais derrière cette débrouillardise économique se posent des questions liées à la sécurité des motocyclistes et à la gestion des déchets issus de la transformation du caoutchouc.
Dans les ateliers artisanaux, les anciens pneus deviennent une matière première recherchée. Découpés et travaillés, ils sont transformés en petites pièces utilisées dans la fabrication des bandes de frein. Pour les artisans, cette activité représente une possibilité de gagner leur vie grâce à la récupération de matériaux usagés.
Cette pratique répond également à une préoccupation économique des conducteurs de motos et des réparateurs, confrontés au coût parfois élevé des pièces de rechange d’origine. Les produits artisanaux peuvent ainsi apparaître comme une solution moins onéreuse pour certains usagers, même si leur qualité et leur fiabilité doivent être évaluées.
Toutefois, l’approvisionnement en matière première devient un défi. Les anciens pneus, indispensables à cette activité, se raréfient et se vendent désormais à des prix jugés élevés par les artisans. Cette situation risque de peser sur les coûts de production et de réduire les bénéfices tirés de cette activité.
Mais si les vieux pneus permettent de créer des revenus, que deviennent les résidus produits lors de leur transformation ?
La découpe du caoutchouc génère de petits fragments qui, lorsqu’ils sont abandonnés dans la nature ou évacués de manière inappropriée, peuvent contribuer à la pollution des sols et des eaux. Dispersés dans les caniveaux ou accumulés dans les espaces de travail, ces déchets constituent un problème potentiel pour la salubrité du milieu urbain.
La question mérite d’autant plus d’attention que la valorisation des matériaux usagés ne se limite pas à leur transformation en produits commercialisables. Elle suppose également une gestion responsable des déchets secondaires issus du processus de fabrication.
La collecte systématique des résidus, leur stockage dans des endroits appropriés et leur acheminement vers des filières de traitement adaptées pourraient contribuer à réduire leur dispersion dans l’environnement. Les artisans, les responsables locaux et les services chargés de l’assainissement ont ainsi un rôle à jouer pour concilier activité économique et protection du cadre de vie.
La sécurité routière constitue un autre enjeu à ne pas négliger. Les bandes de frein sont des éléments essentiels au bon fonctionnement du système de freinage d’une moto. Une pièce défectueuse ou insuffisamment résistante peut compromettre la capacité de freinage et exposer le conducteur ainsi que les autres usagers de la route à des risques.
Le caractère moins coûteux d’une pièce artisanale ne suffit donc pas à garantir sa fiabilité. Des contrôles de qualité et des critères de fabrication adaptés sont nécessaires pour s’assurer que ces produits répondent aux exigences de sécurité.
À Bunia, cette activité illustre ainsi les réalités d’une économie de débrouillardise dans laquelle les jeunes cherchent à créer des opportunités à partir des ressources disponibles. Elle met également en évidence la nécessité d’accompagner les initiatives artisanales afin qu’elles puissent se développer dans de meilleures conditions.
L’objectif n’est pas de décourager ces jeunes ni de nier l’intérêt économique de la récupération. Il s’agit plutôt de favoriser des pratiques qui protègent à la fois leurs moyens de subsistance, les consommateurs et l’environnement.
Au-delà de la rentabilité immédiate, la question est donc de savoir comment transformer cette activité en une véritable démarche de valorisation des déchets, avec une gestion rigoureuse des résidus et une attention particulière à la sécurité des produits fabriqués.
À Bunia, les vieux pneus peuvent devenir une source de revenus. Mais leur seconde vie ne devrait pas laisser derrière elle des déchets incontrôlés ni compromettre la sécurité des motocyclistes. La rentabilité de cette activité gagnerait à s’accompagner d’une responsabilité environnementale et de garanties de qualité.
Joël Heri Budjo