Plus de 1 700 personnes auraient été tuées depuis le début de l’année 2026 dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, a alerté le député national Gratien de Saint Nicolas Iracan lors de la plénière de l’Assemblée nationale du 13 avril. Dans un contexte de persistance des violences armées à l’Est de la RDC, l’élu de Bunia a dénoncé la banalisation des massacres, le manque de couverture médiatique des drames humanitaires et a appelé les autorités à renforcer la protection des civils, estimant que « la vie doit primer sur les richesses ».
L’intervention du député intervient dans un climat sécuritaire tendu, caractérisé par la poursuite des attaques attribuées à différents groupes armés dans plusieurs territoires de l’Ituri et du Nord-Kivu. Ces violences, souvent concentrées dans des zones rurales difficilement accessibles, continuent de provoquer des déplacements massifs de populations et un lourd bilan humain.
Selon les chiffres avancés au cours de la plénière, plus de 700 personnes auraient été tuées en Ituri et plus de 1 000 au Nord-Kivu depuis janvier 2026. Des données qui, bien que difficiles à vérifier de manière indépendante en raison de l’insécurité sur le terrain, traduisent l’ampleur de la crise humanitaire et sécuritaire.
Devant la plénière le député Iracan a déploré le manque de visibilité accordée aux violences de l’Est dans le débat public national et international. Il a notamment critiqué la faible couverture médiatique des massacres par les médias publics, estimant que la population congolaise n’est pas suffisamment informée de la gravité de la situation.
Dans son intervention, il a également rappelé une mission parlementaire précédente en Ituri et au Nord-Kivu, qui n’avait pas impliqué suffisamment les députés nationaux ni permis un échange approfondi avec les communautés locales et la société civile. Au cœur de son plaidoyer figure la remise en question de l’efficacité de l’état de siège en vigueur dans les deux provinces concernées. Le député estime que ce dispositif sécuritaire, en place depuis plusieurs années, nécessite une réévaluation approfondie.
Il a appelé à : une meilleure coordination entre les forces de sécurité, le renforcement et l’équipement de la Police nationale congolaise, et une stratégie plus offensive contre les groupes armés. L’élu a également soulevé une préoccupation majeure liée à l’approvisionnement en armes des groupes rebelles, appelant les autorités militaires et judiciaires à identifier les circuits de trafic.
Dans une analyse plus sociale du conflit, le député a mis en garde contre la stigmatisation de certaines communautés locales souvent assimilées, à tort, aux groupes armés. Il a insisté sur la nécessité de protéger les civils et d’éviter toute confusion susceptible d’aggraver les tensions intercommunautaires.
L’intervention a également mis en lumière la question de la communication officielle sur les violences. Le député a regretté que certains massacres ne fassent pas l’objet d’une couverture médiatique nationale suffisante, notamment à travers la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC). Il a plaidé pour une information plus transparente et régulière afin de permettre à l’ensemble des citoyens congolais de mesurer l’ampleur de la crise sécuritaire.
Au-delà de la question sécuritaire, le député Iracan a replacé le débat dans une perspective plus large, en soulignant la nécessité de privilégier la vie humaine sur les intérêts économiques. S’il a salué certains efforts diplomatiques du gouvernement, notamment les accords internationaux en cours, il a insisté sur le fait que la priorité nationale doit rester la protection des populations civiles et la fin des violences armées.
Joël Heri Budjo