Après 100 jours de lutte contre l’épidémie d’Ebola en République Démocratique du Congo, le directeur général d’Africa CDC, Dr Jean Kaseya, appelle le gouvernement Congolais à renforcer le suivi des financements mobilisés pour la riposte. Selon lui, près de 700 millions de dollars ont déjà été mobilisés, dont une partie effectivement déboursée.
La riposte contre l’épidémie d’Ebola en RDC continue de mobiliser d’importantes ressources financières internationales. Mais, au-delà de la mobilisation des fonds, la question de leur utilisation et de leur coordination devient désormais un sujet majeur.
Intervenant dans le cadre d’un bilan consacré aux 100 jours de lutte contre l’épidémie, Dr Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, a rappelé que le plan initial de la République Démocratique du Congo était évalué à environ 250 millions de dollars.
« La RDC a fait un plan qui était autour de 250 millions de dollars. Nous avons fondu ce plan dans un plan continental d’autour de 520 millions de dollars », a-t-il expliqué.
Selon lui, une importante mobilisation internationale a ensuite permis d’obtenir des engagements financiers dépassant largement les besoins initialement annoncés.
Un milliard de dollars promis
Jean Kaseya a notamment évoqué une réunion tenue le 16 juin avec plusieurs Chefs d’État Africains et des partenaires internationaux. À cette occasion, des promesses de financement d’environ un milliard de dollars auraient été annoncées.
« Nous avons reçu des promesses de paiements de 1 milliard de dollars », a déclaré le patron d’Africa CDC.
À ce jour, Africa CDC affirme avoir inventorié près de 700 millions de dollars mobilisés. Actualité.cd rapporte que, sur cette enveloppe, environ 452 millions de dollars avaient déjà été effectivement déboursés et mis à disposition des partenaires de mise en œuvre, auxquels se sont ajoutés 242 millions de dollars annoncés par les États-Unis d’Amérique le 05 août.
Pour Jean Kaseya, ces chiffres démontrent que la communauté internationale a répondu rapidement à l’urgence.
« La communauté internationale a réagi de façon prompte », a-t-il souligné.
La question de l’utilisation des fonds
Mais le responsable d’Africa CDC estime que le défi se situe désormais au niveau de la coordination et du contrôle de l’utilisation de ces ressources.
Une partie des financements est directement confiée à différents partenaires, notamment des organisations non gouvernementales chargées de mettre en œuvre des activités sur le terrain.
Jean Kaseya affirme avoir transmis au gouvernement Congolais les informations disponibles sur les donateurs et les partenaires ayant reçu ces financements.
« Nous avons déjà donné au gouvernement de la RDC la liste de tous les donateurs et de tous les partenaires qui ont reçu l'argent de ces donateurs », a-t-il déclaré.
Il revient donc, selon lui, aux autorités Congolaises de réunir les différents partenaires afin d'établir clairement l'affectation des ressources mobilisées pour la riposte.
« C'est le boulot du ministre et de son équipe de faire asseoir tous ses partenaires pour savoir où est-ce qu'ils mettent les ressources », a-t-il insisté.
« Un gouvernement ne se plaint pas, un gouvernement agit »
Face aux difficultés persistantes dans la riposte, Jean Kaseya appelle ainsi les autorités Congolaises à prendre pleinement leurs responsabilités dans la coordination des interventions.
Son message est sans détour : « Un gouvernement ne se plaint pas, un gouvernement agit ».
Cette déclaration intervient alors que l'épidémie continue de progresser rapidement. Les données rapportées au 15 août faisaient état de 4 945 cas confirmés, 2 325 décès et 1 040 survivants, selon un bilan cité par « The Guardian ». La même source souligne également les difficultés du traçage des contacts, notamment dans les zones affectées par les conflits armés.
L'Ituri reste au cœur de cette crise sanitaire. Les difficultés d'accès à certaines zones, la méfiance communautaire, les déplacements de populations et les problèmes liés au fonctionnement de la riposte compliquent davantage les efforts de contrôle de la transmission.
Au-delà des chiffres et des promesses financières, le défi consiste désormais à transformer les ressources mobilisées en actions concrètes sur le terrain : dépistage précoce, prise en charge des malades, recherche des contacts, surveillance communautaire et prévention de nouvelles contaminations.
Pour Africa CDC, la mobilisation financière internationale est donc une étape importante. Mais pour Jean Kaseya, l'efficacité de la riposte dépendra surtout de la capacité des autorités congolaises à assurer une meilleure coordination et à savoir précisément où et comment sont utilisées les ressources destinées à combattre Ebola.
Joël Heri Budjo