Alors que la riposte contre la maladie à virus Ebola se poursuit dans l’Est de la République Démocratique du Congo, les conditions de vie et les habitudes quotidiennes à Butembo font craindre une propagation plus importante du virus. Surpopulation, forte mobilité, promiscuité dans les transports et réticences face à la riposte sanitaire constituent autant de défis pour les équipes engagées sur le terrain.
À Butembo, la vie continue presque comme à l’ordinaire. Dans les rues commerçantes, les marchés et les principaux points de transport, la population reste fortement mobile. Une situation qui complique l’application des mesures destinées à limiter la transmission de la maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo.
Dans cette ville commerciale du Nord-Kivu, les activités économiques rythment le quotidien de milliers d’habitants. Les rues sont constamment animées et les marchés concentrent d’importants mouvements de personnes. À certains endroits, la promiscuité est particulièrement visible, avec des attroupements qui rendent difficile le respect de la distanciation et des autres mesures sanitaires.
La promiscuité dans les transports inquiète
Le problème se pose également dans les transports en commun. Des motos et tricycles utilisés pour le déplacement des habitants peuvent transporter plusieurs passagers simultanément, parfois jusqu’à six ou sept personnes selon les témoignages recueillis dans le cadre de ce focus.
Dans ces conditions, la proximité entre les passagers constitue un risque supplémentaire alors que les autorités sanitaires multiplient les appels à la vigilance.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la mobilité constitue l’une des caractéristiques essentielles de Butembo, important centre commercial de la région.
La défiance complique la riposte
À cette forte mobilité s’ajoute un autre défi : la réticence d’une partie de la population à reconnaître l’existence ou la gravité de l’épidémie.
Certains habitants restent sceptiques face aux alertes sanitaires. Une attitude qui peut retarder le recours aux structures de santé et compliquer le travail des équipes chargées de la surveillance, de la prévention et de la prise en charge des cas suspects.
Plus préoccupant encore, des incidents impliquant des équipes de riposte sont signalés. Des jeunes s’opposent parfois à certaines interventions médicales, allant jusqu’à s’en prendre au personnel mobilisé contre Ebola.
Cette défiance constitue un obstacle majeur à la lutte contre la maladie : une riposte sanitaire ne peut être efficace sans la collaboration des communautés concernées.
Réduire les attroupements
Face à ces difficultés, les autorités locales pourraient renforcer les mesures dans les endroits où la concentration humaine est la plus importante.
Une organisation adaptée des marchés, des points de transport et des espaces commerciaux permettrait notamment de réduire les attroupements et de faciliter les contrôles sanitaires.
L’enjeu est de maintenir les activités essentielles de la ville tout en limitant les situations favorables à la transmission du virus.
Dans une ville où le commerce et les déplacements occupent une place centrale dans la vie quotidienne, la lutte contre Ebola ne peut donc pas reposer uniquement sur les messages de sensibilisation. Elle doit également s’appuyer sur une organisation concrète de l’espace public, une surveillance renforcée et surtout une relation de confiance entre les communautés et les équipes de riposte.
Car derrière chaque attroupement, chaque déplacement et chaque refus de coopérer se trouve un même risque : laisser au virus une nouvelle occasion de circuler.
Diddy Mastaki