Quelques heures après l’adresse à la nation de l’ancien Président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, prononcée le 09 octobre 2026, la députée nationale Adèle Bazizane Maheshe, élue du territoire de Nyiragongo, a réagi vivement au contenu de son discours.
Dans une déclaration rendue publique après cette sortie, l’élue commence par soulever une question qu’elle qualifie de fondamentale : le choix de Joseph Kabila de regagner le pays par Goma, ville sous le contrôle du M23, alors que cette rébellion avait été combattue et vaincue sous sa présidence en 2013.
« Pourquoi êtes-vous rentré au pays par Goma, une ville sous le contrôle du M23, un groupe armé que le gouvernement Congolais, l’ONU et les États-Unis décrivent comme soutenu par le Rwanda, alors que vous-même, en tant que président, avez combattu le M23 et l’avez militairement défait en 2013 ? », s’interroge Adèle Bazizane.
Pour la députée, ce choix pose une question de cohérence politique. Elle rappelle qu’en 2012-2013, les FARDC, appuyées par la Brigade d’intervention de la MONUSCO, avaient réussi à repousser le M23. Elle estime dès lors que l’ancien chef de l’État doit expliquer ce qui aurait changé entre cette période et son retour au pays.
Un bilan qui appelle aussi à l’autocritique
Sur le fond du discours de Joseph Kabila, Adèle Bazizane reconnaît toutefois que plusieurs préoccupations soulevées par l’ancien président méritent d’être examinées.
Elle cite notamment la situation sécuritaire dans l’Est du pays, les questions liées aux libertés publiques et aux arrestations, l’évolution de la dette ainsi que le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle.
Mais l’élue de Nyiragongo rappelle que Joseph Kabila a dirigé la RDC pendant 18 ans. À ses yeux, certains problèmes dénoncés aujourd’hui ont des racines qui remontent également à ses propres années de gouvernance.
Elle estime ainsi que l’exercice d’autocritique demandé au pouvoir actuel devrait également concerner l’ancien régime.
Les questions judiciaires au cœur du débat
Adèle Bazizane place également la question judiciaire au centre de sa réaction. Elle évoque les différentes procédures et sanctions annoncées contre l’ancien président et estime que ces éléments doivent être clarifiés.
Selon elle, tant que Joseph Kabila ne répondra pas publiquement aux accusations portées contre lui concernant ses liens présumés avec l’AFC/M23, son appel à restaurer l’autorité de l’État et à mettre fin au recours aux groupes armés risque de manquer de crédibilité.
La députée demande notamment à l’ancien président de clarifier sa position vis-à-vis du M23, de l’AFC et du Rwanda.
« Le peuple attend de la transparence »
Dans la dernière partie de sa déclaration, Adèle Bazizane affirme que la RDC est effectivement confrontée à une situation préoccupante, mais refuse que le débat national se transforme en confrontation entre deux pouvoirs se renvoyant mutuellement la responsabilité de la crise.
Elle formule trois attentes à l’égard de Joseph Kabila : la transparence, la clarification et le respect de la paix.
Elle l’invite notamment à rentrer à Kinshasa, à répondre aux accusations portées contre lui devant la justice et à expliquer clairement sa position sur le M23, l’AFC et le Rwanda.
Pour elle, si les douze propositions présentées par Joseph Kabila constituent un programme politique, celui-ci doit être défendu dans le cadre du débat démocratique et des urnes, et non dans le sillage d’une rébellion.
« L’Histoire jugera chacun : le pouvoir actuel pour sa gestion, et vous pour le choix de vos compagnons de route », conclut Adèle Bazizane Maheshe, estimant que la défense de la République doit, avant tout, passer par la préservation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC.
Rédaction