La situation socio-économique de Goma, dans le Nord-Kivu, reste fragile depuis l’occupation de la ville par l’Alliance des Forces Congolaises (AFC/M23). Une mesure imposée récemment par cette administration parallèle a exacerbé les tensions : la perception obligatoire d’une taxe d’assainissement. Cette taxe, fixée à 6 000 francs congolais par ménage, a provoqué une vague de mécontentement parmi les habitants qui, déjà, peinent à joindre les deux bouts du mois.
Le 30 janvier dernier, les agents de l’AFC/M23 ont intensifié les opérations de collecte de cette taxe en effectuant des passages de porte-à-porte dans les quartiers de Goma. L’objectif affiché est d'améliorer l'assainissement et la gestion des déchets, mais la population estime que la somme demandée est bien trop élevée compte tenu de leur situation économique actuelle.
Un habitant de la ville, rencontrant les collecteurs à son domicile, a exprimé son désarroi : « Certes, nous voyons des évacuations d’immondices dans la ville, mais 6 000 FC par ménage, c’est trop, surtout avec ce que nous traversons actuellement. Nous avons du mal à nourrir nos enfants, à payer le loyer, et subvenir à certains autres besoins essentiels pour nos familles. Cette taxe ne fait qu'aggraver la situation. »
L’inquiétude concernant cette taxe ne se limite pas au montant, mais porte également sur la nomenclature et l’équité. Safari, un jeune de 32 ans, souligne qu’il est incompréhensible que les familles paient la même somme que les maisons commerciales. Selon lui, les commerçants génèrent des déchets bien plus conséquents que les ménages ordinaires, et ce sont ces mêmes ménages qui assurent les revenus des commerces. « Il est injuste que les ménages paient la même taxe que les commerces, alors qu’ils sont la source de revenus pour ces derniers. »
Les propositions de révision de cette taxe sont nombreuses. Safari suggère qu’elle soit réduite à 2 000 ou 3 000 FC, voire perçue de manière indirecte via les commerçants, afin de soulager la population et de ne pas alourdir davantage les familles déjà en difficulté.
D’autres voix, comme celle de Gertrude Mwenge, une septuagénaire qui vit seule et vend des déchets des braises recyclables pour survivre, plaident pour un allègement fiscal immédiat. « Je vis au jour le jour. Payer cette taxe est simplement impossible pour moi », confie-t-elle, visiblement accablée par la mesure.
Au départ, la population de Goma avait accueilli favorablement les déclarations du maire de la ville, qui affirmait que la taxe d’assainissement n’était pas obligatoire. Mais la situation a changé et la perception de cette taxe est désormais perçue comme une imposition obligatoire, augmentant ainsi la frustration au sein des habitants, qui se sentent de plus en plus isolés et ignorés par les autorités.
Cette taxe, instaurée par l’administration de l’AFC/M23 dans un contexte de crise économique et d’insécurité grandissante, soulève donc de nombreuses questions. Elle met en lumière les difficultés d’un gouvernement de facto qui, tout en s'efforçant d’assurer la gestion de la ville, semble manquer de mesures concrètes pour alléger la souffrance de la population.
Les défis sont donc multiples pour les autorités de Goma, qui doivent jongler entre la gestion des déchets, la préservation de l’ordre public et le respect des droits fondamentaux des citoyens. Alors que l’insécurité financiere persiste, cette taxe pourrait bien devenir un point de friction majeur dans un contexte où la population cherche avant tout à survivre et à retrouver un semblant de stabilité financière.
Les habitants de Goma continuent de demander une révision urgente des modalités de cette taxe d’assainissement, dans l'espoir d’une meilleure gestion et d'une prise en compte de leurs réalités économiques.
La Rédaction